Auteur/autrice : Marceau Nio

  • Câble C1 : le pari d’un téléphérique en Île-de-France

    Câble C1 : le pari d’un téléphérique en Île-de-France

    Samedi 13 décembre 2025, Valérie Pécresse et différents élus ont inauguré le Câble C1, plus grand téléphérique urbain francilien. Long de 4,5 km, ce projet 100 % électrique divise les temps de trajet par deux entre Créteil et Villeneuve-Saint-Georges. Une révolution suspendue qui redéfinit la mobilité durable en milieu urbain sur-emprunté.

    crédit : Département du Val-de-Marne

    Une inauguration en fanfare à Limeil-Brévannes

    Ce samedi matin, la cérémonie d’inauguration s’est tenue à Limeil-Brévannes. Familles, élus et curieux se sont pressés dans les cinq stations du Câble C1 pour être parmi les premiers à embarquer dans ces cabines suspendues à parfois plus de 40 mètres au-dessus de plusieurs communes du Val-de-Marne. Au total, ce sont pas moins de dix personnes qui peuvent voyager dans une seule cabine, le tout en étant assises, en profitant d’une vue panoramique sur le territoire.

    À cette matinée étaient réunis une bonne partie des élus et des décideurs de ce projet qui a vu le jour en 2013, il y a 12 ans maintenant. En effet, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France et d’Île-de-France Mobilités, était présente aux côtés de Marie Gautier-Melleray, préfète et secrétaire générale aux politiques publiques, Étienne Stoskopf, préfet du Val‑de‑Marne, Olivier Capitanio, président du Département du Val-de-Marne, Louis Boyard, député du Val‑de‑Marne, ainsi que les maires des communes traversées : Françoise Lecoufle (Limeil-Brévannes), Kristell Niasme (Villeneuve-Saint-Georges), Métin Yavuz (Valenton) et Édouard Hénault, représentant de Créteil. Jessica Larsson, cheffe de la Représentation de la Commission européenne en France, était également présente pour symboliser le cofinancement européen du projet.

    « C’est les Alpes sur Marne ! », a déclaré Valérie Pécresse. « On arrive au bout d’un parcours du combattant de plus de 10 ans. Il a fallu trouver les financements, convaincre les riverains… Pour les habitants du Val-de-Marne, c’est un signe de considération. »

    18 minutes contre 40

    Mais alors pourquoi décider de créer un téléphérique urbain ? Eh bien, les premières données sont démonstratives : avant le C1, relier Villeneuve-Saint-Georges à la station Pointe du Lac, terminus du métro 8, prenait plus de 40 minutes en bus ou en voiture, coincé dans les bouchons de la RD 101 et de la RN 6. Pour sa part, le téléphérique effectue le trajet en 18 minutes, par-dessus les obstacles : ligne TGV, gare de triage de Valenton, RN 406, lignes haute tension.

    Et en plus, le service fonctionne de 5h30 à 23h30 en semaine, et jusqu’à 0h30 le week-end. Une cabine passe toutes les 30 secondes en heure de pointe, une capacité de transport qui fait que 11 000 voyageurs sont attendus chaque jour. Pour profiter de cette nouvelle amélioration urbaine, il faut être muni d’un Passe Navigo, ou bien, pour les voyageurs occasionnels, acheter un ticket Bus-Tram-Câble d’une valeur de 2 € (1,64 € avec Liberté+). L’accès est gratuit pour les enfants de moins de 4 ans.

    crédit : Ile de france mobilité

    Si le Câble C1 constitue une alternative rapide et écologique à la voiture, sa capacité limitée à légèrement plus de 10 000 voyageurs par jour montre que cette solution reste complémentaire aux autres modes de transport. L’intermodalité avec le métro et le bus demeure essentielle pour répondre à l’ensemble des besoins de mobilité sur l’axe.

    Un projet écologique

    Le Câble C1 fonctionne à 100 % à l’énergie électrique et a obtenu la certification HQE Infrastructures Durables. Ses 30 pylônes ont une emprise au sol réduite qui préserve les espaces verts traversés, notamment la coulée verte de la Tégéval.

    Cette technologie monocâble porteur-tracteur se révèle moins invasive qu’un métro ou un tramway, puisqu’elle évite la construction d’ouvrages d’art lourds et réduit la durée et l’intensité des travaux, donc les nuisances et émissions associées aux chantiers classiques.

    crédit : Ile de France Mobilité

    En offrant une alternative rapide et régulière à la voiture sur un axe aujourd’hui saturé, le C1 doit contribuer à réduire les embouteillages et, par ricochet, les émissions de CO₂, de NOx et de particules liées au trafic routier quotidien dans le secteur.

    Le C1 affiche un coût total de 138 millions d’euros (132 millions pour l’infrastructure, 6 millions pour les 105 cabines). « Un métro souterrain n’aurait jamais vu le jour car le budget de plus d’un milliard d’euros n’aurait jamais pu être financé », explique Grégoire de Lasteyrie, vice-président du conseil régional chargé des transports. Trois ans de chantier seulement, du premier coup de pioche en 2022 à l’inauguration ce samedi, ont également permis de limiter dans le temps les impacts d’un projet de transport structurant sur le cadre de vie des riverains.

    Le financement : un montage tripartite

    L’un des nerfs de la guerre pour financer ce genre de projet est souvent de trouver les fonds nécessaires à sa bonne réalisation. Et les 132 millions d’euros nécessaires pour construire son infrastructure sont financés par la Région Île-de-France à 49 %, le Département du Val-de-Marne à 30 %, mais aussi par l’État et l’Union européenne à hauteur de 21 %. Les cabines (6 millions d’euros) et l’exploitation sont quant à elles financées à 100 % par Île-de-France Mobilités.

    Le financement à hauteur de 21 % par l’UE souligne l’engagement de Bruxelles pour des mobilités électriques innovantes dans les métropoles denses. Et le Câble C1 incarne parfaitement cette priorité européenne : un mode 100 % électrique, certifié HQE, conçu pour substituer les trajets automobiles sur axes saturés et réduire les émissions. La présence de représentants de la Commission européenne à l’inauguration, dont Jessica Larsson en tant que cheffe de la Représentation en France, illustre cette volonté de visibilité : l’Europe finance concrètement des alternatives décarbonées, adaptées aux territoires contraints comme le Val-de-Marne.

    Ce soutien de l’UE intervient ici pour plusieurs raisons :

    • Objectif décarbonation : le C1 mutualise l’énergie sur câble pour des cabines légères, optimisant la consommation par passager-km face aux voitures thermiques dominantes sur RD 101/RN 6.
    • Échelle européenne : ce financement s’inscrit dans le cadre du Green Deal et des fonds pour la mobilité durable (CEF Transport, Connecting Europe Facility), priorisant les projets aériens low-carbon en zone urbaine.
    • Modèle reproductible : avec 138 M€ au total (vs 250 M€/km pour métro), le C1 devient un cas d’école pour d’autres métropoles européennes.

    Sécurité et acceptabilité au rendez-vous

    Les téléphériques sont considérés comme l’un des moyens de déplacement les plus sûrs au monde, selon le service technique du ministère des Transports. En France, le dernier accident meurtrier remonte à 1999 dans les Hautes-Alpes.

    Pour ce nouvel investissement en faveur du transport écologique, chaque cabine est équipée de vidéosurveillance, d’un interphone relié au centre de contrôle de Limeil-Brévannes, et d’agents présents en station. Le système fonctionne sous la neige et jusqu’à 70 km/h de vent. Des capteurs surveillent en continu les conditions météorologiques.

    Et si les transports parisiens, comme le métro par exemple, sont peu équipés d’accès PSH (Personne en Situation de Handicap) et laissent de côté les personnes qui ne peuvent pas se déplacer librement, avec le Câble C1, c’est un problème résolu. En effet, le téléphérique est 100 % accessible PSH :

    • stations de plain-pied
    • cabines adaptées aux fauteuils roulants
    • assistance humaine en station
    • information sonore et visuelle
    • interphones d’appel
    • bandes de guidage depuis l’espace public jusqu’au quai d’embarquement
    crédit : Département du Val-de-Marne

    Un laboratoire pour l’avenir des mobilités

    Le C1 prouve qu’il est possible de désenclaver efficacement sans engloutir un milliard d’euros dans un métro souterrain. Mais la capacité reste limitée (11 000 voyageurs/jour contre 500 000 pour une ligne de métro classique), et la technologie ne convient pas partout. Elle excelle sur les territoires contraints, avec des besoins d’intermodalité forts et des dénivelés ou obstacles majeurs.

    Au-delà du gadget technologique, ce téléphérique urbain incarne une vision pragmatique de la décarbonation des transports : fournir une alternative rapide, fiable et électrique à la voiture thermique sur une zone saturée. Avec le C1, désormais, la mobilité électrique vient d’en haut.

  • Démocratisation des batteries sodium-ion : une solution abordable et sécurisée

    Démocratisation des batteries sodium-ion : une solution abordable et sécurisée

    Les batteries sodium-ion s’apprêtent à bouleverser le marché des véhicules électriques. Entre avancée scientifique canadienne et industrialisation chinoise, cette technologie plus sûre, abordable et écologique pourrait démocratiser l’électromobilité dès 2026.

    Des chercheurs de l’Université Western Ontario au Canada ont annoncé une avancée décisive dans le développement de batteries sodium-ion (Na-ion) à électrolyte solide, publiée dans la revue Advanced Materials. Cette innovation résout un défi majeur des batteries lithium-ion (Li-ion) : l’emballement thermique, qui peut causer incendies ou explosions en cas de dommage ou court-circuit. La découverte : un électrolyte solide, composé de soufre et chlore qui conduit les ions sodium comme un liquide tout en restant ininflammable. Autre point positif, il affiche une efficacité remarquable de 99,26% après 600 cycles de charge-décharge (à l’échelle laboratoire), semblable aux standards Li-ion à plus de 99%.

    Contexte industriel : CATL et BYD en tête de course

    Cette découverte s’inscrit dans un élan industriel global. Le géant chinois CATL a lancé fin 2025 la production en série de ses cellules Naxtra sodium-ion, qui possèdent des capacités énergétiques très prometteuses. En effet, ces batteries ont une densité énergétique de 175 Wh/kg, une autonomie de 500 km et encaissent une charge rapide 5C. Elles sont également résistantes au froid extrême (-40 °C avec 90% de capacité retenue), idéal pour les pays situés dans des zones du monde aux conditions climatiques extrêmes. CATL fournit Tesla, Ford et Stellantis, qui étudient ces cellules pour des VE low-cost dès 2026. En parallèle des voitures, BYD produit déjà pour le stockage d’énergie (MC Cube-SIB) et développe pour les VE, ce qui souligne qu’elles pourraient être utiles pour des flottes d’entreprise et des usages urbains.

    Avantages économiques et environnementaux décisifs

    Évidemment, cette solution apparaît dans le but de contrer les principales problématiques que comportent le développement de batteries pour VE et autres : le coût et la pollution.

    • Le sodium est environ 400 fois plus abondant et moins cher que le lithium, permettant des coûts de production potentiels autour de 60-90 €/kWh contre 100+ pour le Li-ion.
    • Sans métaux rares (cobalt, nickel), ces batteries facilitent le recyclage et réduisent l’empreinte carbone, répondant aux contraintes européennes sur les matières critiques. Mais aussi cette avancée va également dans le sens de l’objectif de ralentir l’extraction de ces métaux, qui, on le rappelle, est dangereux et ethiquement peu responsable.
    Kobalt

    Limites actuelles et perspectives pour 2026

    Malgré ces atouts, la densité énergétique reste 30% inférieure aux Li-ion avancées (175 Wh/kg vs 250+), limitant initialement les applications à des véhicules compacts, hybrides ou utilitaires. Des défis persistent sur la production à grande échelle sans dégradation accélérée. Cependant, 2026 marquera les premiers déploiements low-cost avec pour coeur de cible la Chine, le déploiement pour l’Europe, lui, est à surveiller.

    Implications pour l’électromobilité française

    En France, où les immatriculations d’électrifiés ont atteint près de 30% en novembre 2025, ces batteries sodium-ion pourraient contrer la concurrence chinoise low-cost et soutenir le plan France 2030. Avec la fin du crédit d’impôt bornes au 31 décembre et les quotas renforcés pour les flottes pros, elles offrent une alternative viable aux constructeurs. Une révolution technique qui rend l’électrique plus démocratique, sécurisé et souverain.

  • Verkor : le pari souverain de la France face à l’incertitude européenne

    Verkor : le pari souverain de la France face à l’incertitude européenne

    Alors que Bruxelles discute d’un assouplissement de la fin du thermique en 2035 et que l’Asie domine 80 % du marché des batteries, Verkor inaugure à Dunkerque sa gigafactory de 16 GWh : un acte de foi dans la souveraineté industrielle européenne, ou un risque démesuré ?

    Le 11 décembre 2025, sous le haut patronage d’Emmanuel Macron, la startup française franchit une étape décisive avec sa première usine de batteries, au cœur de la “vallée de la batterie” des Hauts-de-France. 100 000 m², 1 200 emplois directs et 3 milliards d’euros levés : Verkor mise gros pour équiper l’Alpine A390 dès 2026 et viser 50 GWh d’ici 2030.

    Une inauguration sous haute tension


    « C’est un grand jour pour Dunkerque, la France et l’Europe », lance Patrice Vergriete, président de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD), lors de la cérémonie du 11 décembre. L’événement se tient sous le haut patronage du président français, aux côtés de ministres et élus locaux. L’usine de Bourbourg abrite déjà les premières lignes de production en phase test, avec des cellules LFP-NMC destinées aux véhicules électriques premium.

    Les chiffres impressionnent : capacité initiale de 16 GWh/an, soit l’équivalent de 200 000 à 300 000 batteries de VE par an. Le financement de ce projet est sécurisé à hauteur de 3 milliards d’euros par plusieurs acteurs : État français, BEI, Région Hauts-de-France, Renault, Mercedes, pour un investissement total visé à 11 milliards d’ici l’extension à 50 GWh. Verkor s’inscrit dans l’écosystème des Hauts-de-France, aux côtés d’autres acteurs batteries.

    Le rôle dans la filière française

    Verkor s’inscrit au cœur de la “vallée de la batterie” des Hauts-de-France, troisième gigafactory européenne après celles de Billund et Kamenz. Son partenariat avec Renault est clé : les premières livraisons de cellules alimenteront l’Alpine A390.

    L’innovation vient de Grenoble (R&D Verkor), la production de Dunkerque (proximité des ports pour l’apport en lithium). EDF participera également à fournir une électricité verte à l’usine. En effet, un contrat de 33 MW a été signé et un partenariat avec Veolia est également convenu dans le but de recycler les batteries en fin de vie.

    Les défis : compétitivité et timing

    La montée en cadence reste le vrai test. Les phases pilotes ont commencé en avril 2025, mais la production industrielle n’est prévue qu’en 2026. Les coûts énergétiques pèsent lourd : malgré le PPA EDF (contrat d’achat d’électricité à long terme), l’électricité française reste chère face à la Chine.
    Sécuriser les matières premières (lithium, nickel, cobalt) est un autre écueil, dans un marché tendu. L’extension à 50 GWh dépendra de nouveaux financements et de la demande européenne. Verkor parie sur sa techno LFP-NMC haute densité.

    Contexte stratégique : Europe en questionnement


    L’inauguration tombe à pic, alors que Bruxelles discute d’un assouplissement de la fin du thermique en 2035 (hybrides rechargeables tolérés sous conditions). En France, la SNBC (stratégie nationale bas carbone) mise sur deux tiers des ventes neuves en VE d’ici 2030, avec une prime à l’achat renforcée au 1er janvier 2026. Verkor incarne cette souveraineté : produire local pour éviter la dépendance chinoise.

    Perspectives : succès ou mirage industriel ?


    Les atouts sont là : la proximité avec les usines Renault/Alpine, la création de nombreux emplois (1 200 directs, 3 000 indirects), mais aussi un process bas-carbone utile. Si Verkor tient ses cadences, Dunkerque pourrait devenir le fer de lance d’une filière française compétitive.
    Les risques persistent, notamment une demande en VE incertaine si Bruxelles cède sur 2035, des surcapacités mondiales, une guerre des prix asiatique. Malgré tout, Dunkerque symbolise le pari européen de souveraineté face aux concurrents étrangers.

  • L’électromobilité en Arabie saoudite : ambitions XXL, réalité naissante

    L’électromobilité en Arabie saoudite : ambitions XXL, réalité naissante

    Premier exportateur mondial de pétrole, l’Arabie saoudite opère un virage stratégique majeur avec Vision 2030. Le royaume mise sur l’électromobilité pour diversifier son économie et réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Entre investissements massifs, construction d’un écosystème industriel national et objectifs ambitieux, le pays construit un marché encore naissant mais porté par une volonté politique sans faille.

    Crédit: Lucid Motors

    Vision 2030 : un cap clair vers l’électrification

    Pour opérer ce changement, l’Arabie saoudite ne fait pas les choses à moitié. Le programme Vision 2030, piloté par le prince héritier Mohammed ben Salmane, fixe un objectif symbolique : 30 % des véhicules circulant à Riyad devront être électriques d’ici 2030. Un chiffre qui peut sembler modeste comparé aux standards européens, mais qui représente une révolution pour un pays où le litre d’essence coûte 0,57 €.

    Le royaume vise également la neutralité carbone d’ici 2060, un engagement qui a suscité le scepticisme des observateurs internationaux mais qui structure aujourd’hui l’ensemble de sa politique de mobilité. Pour y parvenir, le gouvernement s’appuie sur son fonds souverain, le PIF (Public Investment Fund), qui déploie 150 milliards de rials saoudiens (environ 34,35 milliards d’euros) sur la décennie pour bâtir l’écosystème électrique national.

    Pour encourager ce changement, le gouvernement a mis en place des incitations claires comme l’exonération des droits de douane et d’immatriculation pour les véhicules électriques. Le pays alloue aussi des subventions pour les flottes d’entreprises. Une stratégie typique des monarchies du Golfe, où l’État pilote et finance massivement avant que le marché ne prenne le relais.

    Au-delà des objectifs à 2030, la création de grands projets urbains comme NEOM, Qiddiya et The Line mettra en avant cette manière différente de se déplacer. En effet, dans ces territoires, des flottes entières de véhicules électriques seront déployées pour susciter chez la population une curiosité accrue.

    Crédit: The Line. The Line est un projet innovant qui représente la ville du futur

    Un réseau de recharge qui se construit

    L’infrastructure reste le talon d’Achille de l’électromobilité saoudienne. À ce jour, le royaume compte environ 1 200 points de recharge publics répartis sur 400 sites, un chiffre encore modeste pour un territoire grand comme quatre fois la France. Mais l’ambition affichée est tout autre : 5 000 points de recharge d’ici fin 2025 et 50 000 à 2030.

    EVIQ (Electric Vehicle Infrastructure Company), créée par le PIF et la Saudi Electricity Company, prévoit l’installation d’environ 60 stations multi-bornes d’ici fin 2025-2026, concentrées sur les grands axes urbains : Riyad, Djeddah et Dammam.

    Crédit: EVIQ

    Depuis janvier 2024, les investissements dédiés atteignent 5,3 milliards de rials saoudiens (environ 1,21 milliard d’euros), avec l’objectif de couvrir non seulement les zones urbaines mais aussi les axes autoroutiers reliant Riyad à Djeddah (950 km) ou Dammam.

    Mais le défi est de taille : dans un pays où les distances sont immenses et où les températures extrêmes mettent les infrastructures à l’épreuve, le réseau doit être à la fois dense et fiable. Selon une étude de Roland Berger, les utilisateurs saoudiens affichent déjà une satisfaction de 94 % vis-à-vis des bornes publiques existantes, un taux supérieur à celui de l’Allemagne ou des États-Unis.

    Un marché automobile massif, mais encore timide sur l’électrique

    L’Arabie saoudite est le premier marché automobile de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), avec environ 837 000 véhicules neufs vendus en 2024. Mais sur ce volume colossal, la part des véhicules électriques reste marginale. Les immatriculations ont bondi de 375 VE en 2021 à plus de 12 000 fin 2023, pour une part estimée à 15 % des ventes neuves dans les grandes villes fin 2025.

    Les modèles électrifiés les plus visibles sur les routes saoudiennes sont principalement des imports : Tesla domine le segment premium, tandis que BYD ambitionnait de vendre 5 000 unités en 2025. Sur le segment des hybrides, Toyota et Hyundai/Kia conservent une domination écrasante, profitant d’une clientèle habituée aux motorisations traditionnelles et rassurée par l’absence de dépendance totale aux bornes de recharge. Mais des acteurs locaux voient le jour et espèrent bousculer cette hierarchie.

    Crédit: Ceed

    Ceer, Lucid, EVIQ : les piliers de l’écosystème national

    L’Arabie saoudite ne veut pas se contenter d’importer des véhicules électriques. Le royaume construit méthodiquement une industrie automobile nationale, avec trois piliers stratégiques :

    • Ceer Motors, première marque saoudienne 100 % électrique, produit des berlines et SUV en partenariat avec Foxconn et BMW, avec une capacité cible de 150 000–170 000 véhicules/an.
    • Lucid Motors, dont le PIF détient 61 %, assemble la Lucid Air à KAEC et prévoit jusqu’à 150 000 unités/an, avec un accord d’achat de 100 000 véhicules sur la décennie. La police saoudienne utilise d’ailleurs des véhicules de la marque Lucid depuis le début de l’année 2024.
    • EVIQ déploie les infrastructures, développe smart-charging et solutions énergétiques intégrées aux projets urbains.

    Plusieurs start-ups locales complètent l’écosystème avec des solutions de gestion de flotte et d’optimisation énergétique. Hyundai et Human Horizons investissent également, confirmant l’attractivité internationale du pays pour les constructeurs de VE.

    Hyundai, Human Horizons et les ambitions industrielles

    L’écosystème saoudien ne se limite pas aux acteurs nationaux. En septembre 2023, Hyundai a annoncé un projet d’usine locale de production de véhicules électriques et à moteur gaz, confirmant l’attractivité du royaume pour les grands groupes internationaux. En juin 2023, un accord de 4,8 milliards d’euros a été signé avec Human Horizons. Ce constructeur chinois de VE développe, fabrique et espère vendre ses VE sur le marché saoudien.

    Les freins : prix, infrastructures et habitudes culturelles

    Malgré ces ambitions, l’adoption des véhicules électriques reste limitée par plusieurs obstacles structurels. Les VE restent chers (Lucid Air > 80 000 €, Tesla > 50 000 €) comparés aux véhicules thermiques. Pour un territoire si grand, les infrastructures sont trop insuffisantes (1 200 points publics). Les trajets interurbains restent problématiques, l’autonomie des meilleures batteries ne dépassant pas 400 à 500 km. Les habitudes culturelles freinent également l’adoption : le litre d’essence coûte 0,57 €, les SUV thermiques symbolisent le statut social, et près d’un tiers des conducteurs n’ont pas accès à la recharge à domicile.

    Perspectives : un décollage attendu à partir de 2025-2026

    Les premières livraisons de Ceer sont attendues à partir de la seconde moitié de la décennie, Tesla a ouvert trois concessions (Riyad, Djeddah, Dammam) avec des superchargeurs opérationnels, et le réseau EVIQ commence à se densifier. Les analystes s’attendent à une accélération des ventes à partir de 2026, portée par l’arrivée de modèles plus accessibles et l’amélioration progressive des infrastructures. Le gouvernement maintient une pression constante : les objectifs de Vision 2030 ne sont pas négociables et les investissements continuent dans l’écosystème.

    Crédit : FAYEZ NURELDINE

    Un pari sur l’avenir

    L’électromobilité saoudienne incarne un paradoxe fascinant : un pays bâti sur le pétrole qui investit massivement dans son alternative. Cette transition ne relève pas d’une conviction écologique soudaine, mais d’un calcul stratégique de diversification économique. Vision 2030 ne se limite pas aux VE : elle englobe le tourisme, les énergies renouvelables, les mégaprojets urbains et la transformation industrielle. Contrairement à d’autres marchés émergents, l’Arabie saoudite dispose d’un atout majeur : des ressources financières quasi illimitées et une volonté politique centralisée. Les prochaines années diront si ce projet se transforme en success story industrielle. Dans un pays où l’essence ne coûte rien et où les SUV thermiques règnent en maîtres, faire décoller l’électromobilité relève autant de la prouesse technique que de la révolution culturelle.

  • Un pneu connecté pensé pour l’électrique : Goodyear Eagle Xplore

    Un pneu connecté pensé pour l’électrique : Goodyear Eagle Xplore

    Goodyear a dévoilé le 9 décembre 2025 l’Eagle Xplore : un pneu concept qui équipe le nouveau concept-car Citroën ELO. Véritable vitrine technologique, il transforme le pneu en capteur intelligent et interface visuelle. Entre design personnalisé, technologie SightLine et affichage LED sur jante, l’Eagle Xplore illustre la mutation du pneu à l’ère de l’électromobilité connectée.

    crédit : Goodyear

    Un pneu sur mesure entre performance et aventure

    L’Eagle Xplore n’appartient à aucune gamme standard de Goodyear. Il est le résultat du mélange de l’ADN sportif de la lignée Eagle et de la robustesse de la gamme Wrangler, réputée pour son utilisation tout-terrain. Le résultat ? Un pneu pensé pour des véhicules électriques polyvalents capables d’affronter aussi bien le bitume que les pistes.

    La bande de roulement adopte une structure qui permet de mixer efficience énergétique et adhérence. Une partie est optimisée pour maximiser l’autonomie, l’autre privilégie le grip pour les sorties hors bitume. Cette double approche colle parfaitement au positionnement du Citroën ELO : un concept-car électrique taillé pour l’aventure et destiné à explorer différents environnements.

    Côté design, l’Eagle Xplore affiche un flanc orange vif en clin d’œil à la teinte du concept ELO. Ce choix esthétique fort fait du pneu un élément de personnalisation à part entière, bien au-delà de son rôle fonctionnel, et devient une véritable signature visuelle.

    crédit : Goodyear

    SightLine : quand le pneu devient capteur intelligent

    Ce qui est fort sur le papier, c’est l’intégration de la technologie Goodyear SightLine. Cette innovation intelligente transforme le pneu en capteur connecté capable de surveiller en continu la pression, le poids total du véhicule et l’état d’usure. Les données sont transmises en temps réel au tableau de bord et à l’application dédiée du véhicule.

    crédit : Goodyear

    L’innovation la plus spectaculaire ? Une barre LED latérale intégrée directement sur la jante. Ce système d’affichage visuel indique instantanément l’état de pression : vert pour une pression optimale, rouge lorsqu’un ajustement est nécessaire. Plus besoin de manomètre ou d’alerte sonore : l’information est visible d’un simple coup d’œil.

    Au-delà de l’aspect pratique, SightLine intègre des fonctions prédictives. Le système vise à maintenir la stabilité du véhicule, optimiser l’usure des pneus et prolonger leur durée de vie en conservant la pression idéale. Pour un véhicule électrique, où chaque élément impacte l’autonomie, cette gestion intelligente de la pression devient cruciale.

    Un démonstrateur pour l’écosystème électrique de demain

    Soyons clairs : l’Eagle Xplore n’est pas destiné à une commercialisation imminente. Goodyear le présente comme un pur concept technologique, un démonstrateur de ce que pourrait devenir le pneu dans l’écosystème des véhicules électriques connectés. Pour autant, aucune date de sortie ni tarif n’ont été annoncés.

    Ce positionnement est révélateur d’une tendance plus large dans l’industrie automobile. Le pneu n’est plus un simple composant interchangeable, mais un élément actif de l’expérience de conduite. Avec SightLine, il devient source de données pour les systèmes d’aide à la conduite (ADAS), contribue à l’optimisation de la consommation énergétique et s’intègre au logiciel de bord comme n’importe quel autre module électronique.

    Le partenariat entre Citroën et Goodyear sur le projet ELO illustre également l’évolution des collaborations entre constructeurs et équipementiers. Le manufacturier ne se contente plus de fournir des pneus adaptés : il participe activement à la narration technologique du véhicule, co-conçoit l’expérience utilisateur et contribue à l’ADN du concept.

    crédit : Goodyear

    Vers des pneus 4.0 dans la mobilité durable

    L’Eagle Xplore pose une question essentielle : jusqu’où ira l’intégration technologique des pneumatiques ? Si ce concept devient réalité, les pneus de demain pourraient informer directement les conducteurs, communiquer avec les systèmes de sécurité actifs et même ajuster automatiquement leurs caractéristiques en fonction des conditions de route. Un système comme SightLine pourrait permettre de gagner plusieurs dizaines de kilomètres d’autonomie simplement en maintenant une pression optimale en permanence.

    Reste à savoir si Goodyear donnera une suite commerciale à ce concept. Le manufacturier reste silencieux sur toute production. Une chose est certaine : avec l’Eagle Xplore, Goodyear envoie un signal fort sur sa vision du pneu intelligent dans l’univers de la mobilité électrique et connectée.

  • Transition énergétique : la Commission européenne sous pression

    Transition énergétique : la Commission européenne sous pression

    À six jours de l’annonce du paquet automobile de la Commission européenne, deux lettres ouvertes aux tonalités opposées viennent d’atterrir sur le bureau d’Ursula von der Leyen. Si elles touchent toutes deux à l’avenir de la transition électrique, elles ne portent pas exactement sur les mêmes batailles. Ensemble, elles révèlent l’ampleur des tensions qui agitent le secteur automobile européen.

    Lundi 8 décembre : 67 acteurs rejettent les quotas pour les flottes

    Le 8 décembre, une coalition de 67 acteurs majeurs du monde de l’automobile a adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Parmi ces acteurs, des constructeurs comme BMW et Toyota, des géants de la location (Avis, Hertz), mais également des entreprises de leasing (Arval, Ayvens). Leur message : les quotas obligatoires pour l’électrification des flottes d’entreprise seraient « extrêmement préjudiciables ».

    L’enjeu est important, car les flottes professionnelles (voitures de fonction incluses) représentent entre 50 et 60 % des ventes de voitures neuves dans l’UE selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA). Le paquet du 16 décembre devrait justement inclure des propositions sur ce segment clé.

    Selon ces acteurs, les vrais obstacles à l’adoption des VE restent les coûts d’achat et d’exploitation, ainsi qu’une infrastructure de recharge insuffisante. Imposer des objectifs contraignants placerait les entreprises face à un dilemme : conserver leurs véhicules plus longtemps ou réduire leurs achats de véhicules neufs. Une action contre-productive dans les deux cas, selon les plaignants.

    Face à ces problèmes, différents pays européens ont trouvé la parade : dans ces pays européens où l’adoption progresse le plus vite, c’est la combinaison d’incitations financières et d’investissements massifs dans l’infrastructure qui fait la différence. La lettre insiste aussi sur la nécessité d’incitations pour le marché de l’occasion, sachant que de nombreux véhicules en leasing sont revendus après deux ou trois ans.

    Des revendications qui semblent être compréhensibles. Cependant, l’association Climate Group plaide pour maintenir des objectifs stricts. Elle rappelle que plus de 120 entreprises, dont EDF, Ikea, Siemens et Unilever, se sont déjà engagées de leur propre initiative à convertir leurs flottes au 100 % électrique.

    Mercredi 10 décembre : 200 signataires défendent l’objectif 2035

    Deux jours plus tard, une autre lettre, cette fois sur les objectifs globaux, a été envoyée à von der Leyen. E-Mobility Europe et ChargeUp Europe, soutenus par près de 200 signataires dont Polestar et Volvo Cars, appellent la Commission à maintenir fermement l’objectif de zéro émission pour les voitures neuves d’ici 2035.

    « Nous sommes profondément préoccupés par les récents efforts visant à diluer vos objectifs », écrivent-ils. La cible de cette lettre : déjouer les pressions exercées par certains constructeurs allemands et par l’ACEA pour obtenir plus de flexibilité sur les objectifs CO₂ et assouplir l’interdiction des ventes de voitures thermiques en 2035.

    L’inquiétude porte notamment sur la réouverture de la porte aux hybrides rechargeables et aux carburants neutres en CO₂. Selon eux, cette approche créerait de l’incertitude et ralentirait la transition vers l’électrique, alors même que les constructeurs chinois progressent à grande vitesse et réduisent leurs coûts.

    Le message est sans appel : « Chaque retard en Europe ne fait qu’élargir l’écart avec la Chine. » Pour ces acteurs, tout recul compromettrait les investissements déjà engagés et creuserait définitivement le fossé avec le géant asiatique.

    Le 16 décembre, jour de vérité

    Le paquet automobile, dont la publication a déjà été retardée d’une semaine, cristallise toutes les attentions. Il pourrait accorder plus de flexibilité sur les objectifs CO₂, assouplir l’interdiction des thermiques en 2035, et inclure des mesures spécifiques sur les flottes d’entreprise.

    Le dossier a fait l’objet d’un lobbying frénétique ces dernières semaines, avec un flot de lettres qui ont inondé Bruxelles avant l’annonce.

    Ces deux prises de position, bien qu’elles ne portent pas exactement sur les mêmes combats, révèlent les lignes de fracture du secteur. D’un côté, des acteurs qui réclament pragmatisme et flexibilité. De l’autre, des défenseurs de la transition qui craignent que tout assouplissement ne compromette l’ambition climatique européenne et sa compétitivité face à la Chine.

    Le 16 décembre apportera des réponses sur plusieurs fronts : le niveau d’ambition maintenu pour 2035, la flexibilité accordée sur les objectifs CO₂, le sort des hybrides, et les éventuelles obligations pour les flottes. Le compromis s’annonce délicat.

  • L’icône MINI devient une marque électrique

    L’icône MINI devient une marque électrique

    La fin de l’année approche et alors que la transition vers électrique s’accélère en Europe, la marque britannique du groupe BMW fait de ses modèles 100 % électriques une part cruciale de son volume. Les ventes mondiales renouent cette année avec la croissance, portées par la nouvelle génération de Cooper et de Countryman, tandis que la France voit la Mini Electric s’installer dans le top 10 des ventes de BEV et espère y rester avec l’arrivée de l’Aceman l’an prochain.

    Crédit: Mini

    Une année 2025 portée par l’électrique

    Selon les premiers bilans publiés à l’automne, MINI a livré 133 778 véhicules dans le monde au premier semestre 2025, soit une hausse de 17,3 % par rapport à la même période de 2024. Sur les neuf premiers mois, un autre relevé évoque plus de 200 000 unités vendues. Ce chiffres rapproche la marque de la barre des 300 000 véhicules vendus à l’année (standard moyen depuis plusieurs années). Ces chiffres satisfaisants pour MINI, coïncident directement avec la montée en puissance des nouvelles Cooper et Countryman, dont les versions électriques dopent les prises de commandes dans les concessions européennes.

    Le signal le plus parlant vient de la France : sur les onze premiers mois de 2025, la Mini électrique (nouvelle Cooper Electric) cumule 10 171 immatriculations, ce qui la place dans le top 10 des voitures électriques les plus vendues du pays, derrière des poids lourds comme la Renault 5 E-Tech, la Citroën ë-C3 ou la Peugeot e-208. En novembre 2025, elle signe même un mois à 1 439 immatriculations, la positionnant cinquième BEV du marché derrière la R5, l’e-208, le Scénic E-Tech et la ë-C3. 

    crédit: bmw group

    Autrement dit, les données actuelles du marché suggèrent qu’une part significative des MINI vendues en France en 2025 est désormais 100% électrique, même si le constructeur ne publie pas encore de pourcentage détaillé par motorisation.

    Cooper et Countryman Electric : les chiffres qui changent tout

    La nouvelle Cooper Electric, désormais proposée en versions E et SE, repose sur des batteries nettement plus généreuses que l’ancienne Cooper SE et sur des moteurs plus puissants. Les données disponibles indiquent environ 135 à 160 kW (soit jusqu’à 215 ch) et des capacités de batterie de l’ordre de 40 à un peu plus de 50 kWh utiles, offrant des autonomies comprises grosso modo entre 250 et 320 km selon la version.

    La Countryman Electric, de son côté, s’appuie sur un pack d’environ 64 kWh et sur une transmission intégrale développant plus de 300 ch, pour une autonomie annoncée au-delà de 330 km dans les conditions les plus exigeantes.

    crédit: bmw group

    Sur le terrain, ces chiffres replacent MINI dans le match : là où l’ancienne Cooper SE était pénalisée par une batterie trop petite, la nouvelle génération permet enfin d’envisager 250 à 300 km réels en usage mixte. Des chiffres peu impressionnants certes, néanmoins ils correspondent à la majorité des trajets urbains et périurbains européens. Les prises de commandes électriques ont doublé au premier trimestre 2025 par rapport au T1 2024, selon des indications publiées côté BMW Group, ce qui confirme que la clientèle MINI suit la transition dès lors que le produit répond au besoin.

    Un contexte européen qui joue en faveur de MINI

    Le contexte français et européen joue en faveur de cette bascule. En France, les voitures 100 % électriques ont atteint une part de marché record de 24 % en octobre 2025, puis 26 % en novembre, avec plus de 34 000 véhicules particuliers en un seul mois. La dynamique est nourrie par le leasing social et l’arrivée de modèles compacts plus abordables, mais elle profite aussi aux acteurs premium-urbains qui se positionnent correctement en prix et en usage, dont MINI fait partie.

    crédit: bmw group

    Comme exprimé précédemment, sur les onze premiers mois de 2025, la Mini électrique figure parmi les dix BEV les plus vendues, avec un peu plus de 10 000 immatriculations. Une situation bien différente pour plusieurs concurrentes historiques, comme la Tesla Model 3 ou certaines berlines premium, en effet, les ventes de ses VE reculent fortement. MINI capte donc une partie des clients qui se détournent des gros SUV électriques pour revenir vers des citadines et des compactes à l’empreinte au sol et au budget plus abordable.

    2026 : l’Aceman pour verrouiller le cœur de gamme électrique

    L’enjeu 2026 pour MINI, c’est l’industrialisation et la mise à disposition d’une vraie gamme électrique complète. À côté de la Cooper et du Countryman, c’est la bien connue Aceman qui arrive comme troisième pilier. Son rôle: être le crossover compact 100 % électrique de la marque britannique destiné à combler l’écart entre la citadine 3/5 portes et le SUV familial.

    Les informations déjà publiées évoquent deux variantes principales, Aceman E et Aceman SE, avec des puissances d’environ 180 à 215 ch et des batteries comparables à celles de la Cooper Electric, autour de 42 à 54 kWh. L’objectif est clair : se placer frontalement face aux Volvo EX30, Jeep Avenger EV, DS 3 E-Tense ou Citroën ë-C3 haut de gamme, sur le segment des crossovers électriques de 30 000 à 40 000 euros.

    Crédit: Mini

    Une électrification pragmatique

    Pendant un temps, MINI avait laissé entendre que son dernier nouveau moteur thermique serait lancé en 2025 et que la marque deviendrait intégralement électrique au début des années 2030, une trajectoire alignée sur les ambitions les plus agressives du secteur. La réalité en cette fin d’année 2025 est plus nuancée : le groupe confirme une croissance à deux chiffres visée pour ses ventes de voitures électriques. Cela dit, la marque n’a pas annoncé l’arrêt imminent des motorisations essence pour MINI, préférant parler de « mix optimisé », le vice-président de MINI en Amérique, Michael Peyton, l’affirme « Les moteurs thermiques restent très populaires et le seront longtemps ». L’objectif du 100 % électrique en 2030 est donc repoussé.

    Pour l’électromobilité européenne, MINI devient ainsi un cas d’école intéressant : une marque qui réussit à faire progresser significativement ses volumes de BEV, qui place un modèle comme la Mini Electric dans le top 10 français, mais qui assume en parallèle de garder des motorisations thermiques et hybrides là où les infrastructures ou le pouvoir d’achat ne suivent pas encore.

    L’année 2026, avec l’arrivée de l’Aceman électrique et la montée en cadence des Cooper et Countryman zéro émission, dira si cette stratégie peut tenir face à la pression réglementaire européenne et à l’offensive des nouveaux entrants chinois.

  • Fiat s’électrifie : la 500 Hybrid et la Panda Pop arrivent !

    Fiat s’électrifie : la 500 Hybrid et la Panda Pop arrivent !

    En cette fin d’année 2025, Fiat confirme son engagement pour une mobilité électrifiée accessible en lançant la nouvelle 500 Hybrid, produite dans l’usine emblématique de Mirafiori à Turin, tandis que la Grande Panda poursuit son déploiement en versions électrique et hybride. Ces deux modèles complémentaires ciblent citadins et petits budgets, tout en répondant à l’urgence écologique.

    Crédit: Fiat

    La 500 Hybrid signe un retour aux sources pragmatique

    Présentée à Turin lors d’un événement presse spécial du 21 au 28 novembre, la nouvelle Fiat 500 Hybrid est depuis disponible à la commande pour tous les amoureux de cet iconique véhicule italien. Elle est disponible en version classique 3 portes, en version 3+1 mais aussi en version cabriolet, avec une gamme de finitions allant de POP à LA PRIMA, plus une série spéciale de lancement baptisée “Torino”. 

    Côté motorisation, Fiat a opté pour un moteur essence couplé à un système micro-hybride 12 V, offrant une puissance combinée d’environ 70 ch, nécéssaire pour l’usage souvent très urbain de ce véhicule. Cette hybridation légère favorise la sobriété et une consommation moyenne de 5,2 l/100 km WLTP, selon les données officielles.

    Son dimensionnement n’évolue pas et reste sur les standard qui ont fait son succès. En effet, elle reste compacte (environ 3,63 m de longueur), fidèle à l’esprit citadin du modèle original. Son design extérieur élégamment rétro intègre des détails modernisés : calandre revisitée, phares à LED et lignes douces, tandis que l’intérieur offre un tableau de bord épuré avec un écran tactile central de 10,25 pouces, des matériaux de qualité et une ambiance lumineuse soignée, axée sur le confort et la praticité.

    Dans le communiqué retraçant l’évènement de lancement qui a eu lieu le 21 novembre dernier, on a mit un poing d’honneur à souligner le caractère historique de cette sortie : “Ce moment particulier marque également le lien du modèle avec l’usine Mirafiori de Turin, berceau originel de la 500 en 1957. La production de la nouvelle 500 Hybrid a officiellement débuté en novembre à l’usine Carrozzerie Mirafiori de Turin, avec un objectif de 5 000 unités d’ici la fin de l’année”. Fiat met en avant ce lien fort avec son histoire industrielle, alliant héritage et innovation dans un modèle prêt à répondre au quotidien urbain. 

    Crédit: Fiat

    Le tarif d’entrée démarre à 19 400 € TTC et a ce prix, après une première vague électrique aux ventes mitigées, s’impose ici comme un compromis réaliste entre performance, autonomie et praticité.

    Grande Panda EV : polyvalence urbaine à prix serré

    La Grande Panda possède une offre motorisations complète puisqu’elle est disponible en version essence mais aussi et surtout en version hybride et 100 % électrique. La grande nouveauté de cette fin d’année, c’est que la marque italienne a déclaré que chaque motorisation serait disponible dans la version d’entrée de gamme abordable “POP”. Un verritable coup de pouce pour les automobilistes qui souhaitent passer à une mobilité plus douce sans se ruiner.

    Crédit: Fiat

    En version 100% électrique, chiffrée à 23 900 € prix catalogue, elle affiche jusqu’à 320 km d’autonomie WLTP grâce à sa batterie de 44 kWh. Son moteur développe 113 ch (≈ 83 kW) pour 122 Nm de couple. Sa vitesse maximum est plafonnée à 132 km/h pou un 0 à 100 km/h en moins de 11 secondes. Des performances classiques, mais pour ce genre de véhcoule, abordable et économique, la vitesse et la nervosité n’est pas un critère sur lequel le constructeur à mis l’accent. 

    La déclinaison hybride légère, à partir de 18 900 €, vise une alternative économique aux citadines thermiques classiques. Fiat joue sa carte sur une combinaison prix attractif, style urbain et polyvalence d’usage, pour toucher des profils variés. Parlons performances avec pour cet hybride un moteur essence combiné à un moteur électrique de 48 kW qui développe 100 chevaux. La vitesse maximum est de 160 km/h pour un 0 à 100 km/h en 10 secondes. Cette version POP pour l’hybride de Fiat consomme en cycle mixte 5 l/100 km, une moyenne correcte pour ce type de véhicule.

    La version POP pour ces deux types de motorisations propose un bon “minimum viable” : 7 couleurs différentes, roues 16 pouces, connectivité basique mais efficace, etc. C’est une option intéressante pour les acheteurs cherchant un VE (ou une citadine hybride/essence) simple, efficace, sans options superflues.

    Un pari clair sur la démocratisation de l’électromobilité

    Avec la 500 Hybrid et la Grande Panda “POP”, Fiat affiche une stratégie pragmatique : renouer avec un best-seller accessible en adaptant l’électrique à la réalité du marché européen encore hésitant, avec l’hybride comme passerelle. 

    La diversification des motorisations, la production locale et les prix abordables traduisent l’ambition d’une mobilité électrifiée à large échelle.

  • Conduite autonome : Tesla fait essayer les Français.

    Conduite autonome : Tesla fait essayer les Français.

    Depuis le 1er décembre, Tesla transforme 10 de ses centres français en vitrines de la conduite autonome, gérées par le FSD (Full Self-Driving) en mode “supervisé”. Jusqu’au 31 décembre 2025, les curieux pourront découvrir cette technologie encore interdite en Europe.

    Source : Tesla

    Tesla FSD : la technologie qui défie les routes européennes

    Cette balade autonome dans nos villes françaises est possible grâce à une technologie que la firme américaine développe depuis déjà plus de 9 ans. En 2025, la version la plus récente et performante est la v14, qui repose sur l’approche « vision only » : huit caméras haute résolution et un ordinateur embarqué puissant analysent en temps réel l’environnement via un réseau neuronal. La grande nouveauté, c’est donc que cette intelligence motrice n’utilise pas de radar.

    Concrètement, pour se rendre d’un trajet A à un trajet B, le conducteur entre une destination via l’écran, ce qui génère un itinéraire avec changements de voie suggérés, sorties d’autoroute et virages. Le FSD suit cet itinéraire en sélectionnant les bonnes fourches et en ajustant en temps réel (détours, fermetures de route). Ce système gère donc direction, accélération, freinage, changements de voie, intersections et piétons, en imitant les décisions humaines sur la base de milliards de kilomètres accumulés aux États-Unis.

    Cependant, il reste classé niveau 2 selon la classification SAE (Society of Automotive Engineers) des niveaux d’automatisation, qui va de 0 à 5. Il exige une supervision humaine constante, le conducteur restant légalement responsable.

    Où tester le FSD en passager ?

    C’est l’annonce de cette fin d’année : Tesla ouvre ses centres du 1er au 31 décembre 2025 pour des essais encadrés en France. Au total, c’est dans plus de 10 centres Tesla situés aux quatre coins de la France que les plus curieux pourront être promenés. Nantes, Bordeaux, Paris-Est, Lille, Cannes, Toulouse, Marseille, Strasbourg, Paris-Nord et Lyon-Est : voici les lieux sélectionnés par la marque d’Elon Musk.

    Source : Tesla val d’europe

    Les inscriptions se font via le site Tesla France, sur créneaux limités, avec un employé au volant pour toute la durée. Cette opération s’étend en Europe (Italie, Allemagne) jusqu’au 31 mars 2026.

    Le parcours type des essais

    Dans l’objectif de prouver que cette technologie, qui rend les conducteurs réticents, est efficace et fiable, chaque session reproduit un trajet domicile-travail. En effet, la voiture roulera en zone urbaine dense, empruntera des ronds-points, utilisera la rocade, mais déambulera également sur des axes périurbains et des zones à fort trafic pour tester les scénarios stressants du quotidien. Le FSD pilote seul ces étapes (insertions, priorités, passages piétons), sous surveillance immédiate. La durée prévue est d’environ 20-30 minutes autour du centre Tesla.

    Source : Tesla

    Quand est-ce que ce sera autorisé ?

    En France et en Europe, l’homologation pleine pour un usage client repose sur le règlement DCAS/UNECE R171 phase 3. Récemment entré en vigueur le 22 septembre 2024, il autorise les changements de voie ainsi que les manœuvres initiées par le système sous supervision humaine.

    Actuellement, aucun territoire européen n’a autorisé cette technologie. Néanmoins, Tesla tente de convaincre le RDW, qui est l’autorité néerlandaise indépendante pour l’ensemble des véhicules motorisés. En effet, la marque américaine vise février 2026 aux Pays-Bas et espère étendre cette technologie à d’autres pays fin 2026 / début 2027. Elon Musk pousse via du lobbying, critiquant des règles « obsolètes », malgré des recadrages (ex. : la France interdisant la pub « entièrement autonome »).

    Pour tous, ces trajets offrent une occasion unique d’observer la technologie sur nos routes, face à nos marquages, notre signalisation et notre façon très européenne de conduire. De quoi nourrir le débat sur la place réelle que la conduite autonome prendra demain dans la mobilité électrifiée.

  • L’électromobilité au Japon : Une transition en demi-teinte

    L’électromobilité au Japon : Une transition en demi-teinte

    Le Japon a débuté sa transition énergétique des transports depuis déjà 20 ans. Et si leur développement est bien avancé, pour les voitures 100 % électriques, c’est plus compliqué. Les constructeurs nationaux misent sur une transition progressive : hybrides, PHEV, hydrogène et, plus timidement, BEV. Résultat : une industrie très solide, une R&D batterie avancée, mais une adoption grand public plus lente que prévu.

    Vue nocturne panoramique de Tokyo illuminée
    Vue nocturne panoramique de Tokyo illuminée

    Une stratégie nationale claire… mais multi-voies

    Le Japon affiche des objectifs ambitieux en termes d’électromobilité. En effet, la neutralité carbone doit être atteinte en 2050. Dans ce souci de bien faire, le pays a adopté un objectif de réduction des gaz à effet de serre de −60 % d’ici 2035 (par rapport à 2013) comme étape intermédiaire.

    Dans le but de faire grimper le taux d’adoption des véhicules électrifiés, le gouvernement soutient la transition via différentes incitations. En effet, l’État a mis en place des subventions directes aux acheteurs de véhicules électriques. Ces aides peuvent grimper jusqu’à près de 5 200 € par véhicule, pour stimuler les ventes face aux marchés américain et européen. Ces montants visent à stimuler les ventes face à une adoption lente des VE, malgré des objectifs de 100 % de voitures particulières électrifiées d’ici mi-2030 et la neutralité carbone en 2050.

    De plus, le ministère de l’Environnement japonais subventionne à 30 % (jusqu’à 100 millions de yens, soit environ 552 000 €) l’installation de panneaux solaires et de batteries par les entreprises, boostant indirectement l’électromobilité via de l’énergie verte.
    En bref, le gouvernement japonais incite ses compatriotes et ses entreprises à changer l’industrie de la mobilité vers une source d’énergie plus propre, à travers des aides variées.

    Électromobilité au Japon : BEV en stagnation, hybrides rois

    La pénétration des voitures 100 % électriques (BEV) reste faible au Japon, autour de 3-4 % des ventes neuves en 2024 selon plusieurs observateurs, avec un recul marqué des volumes : seulement 54 224 BEV écoulés, contre 86 762 en 2023. Nissan domine ce segment peu fructueux grâce à la kei car Sakura (22 926 unités, malgré -38 %), talonnée par Tesla (environ 5 000 unités) et BYD, qui a surpris en surpassant Toyota (2 223 vs 2 038 unités pour le bZ4X à 35 000 €).

    Nissan Sakura électrique rose. crédit : nissan
    Nissan Sakura électrique rose. crédit : nissan

    Hybrides (HEV / PHEV) : segment dominant

    Les hybrides non rechargeables (HEV) et rechargeables (PHEV) sont les véhicules qui dominent le marché, notamment grâce à l’aide de son constructeur mondial Toyota. Le marché global des VE (BEV+PHEV) a chuté de 33 % à 60 000 unités en 2024, les HEV compensant largement grâce à des subventions maintenues à 850 000 yens (~5 200 €).

    Le pays du soleil levant vise 100 % de ventes neuves électrifiées (BEV, PHEV) d’ici mi-2030 et la neutralité carbone en 2050, mais la conversion n’avance pas comme elle le devrait, faute d’offre BEV compétitive, de prix abordables et surtout d’infrastructures. Sans accélération, les constructeurs locaux comme Toyota risquent de céder du terrain face aux importations chinoises.

    Toyota C-HR grise
    Toyota C-HR grise

    Infrastructure : déploiement en accélération, mais couverture inégale

    On en parlait : le réseau de recharge japonais se développe bien, mais pas assez rapidement pour permettre aux BEV de s’exprimer au mieux. Pourtant, les opérateurs d’autoroute (NEXCO) et les utilities (TEPCO, ENEOS), qui sont des entreprises de services publics, ainsi que les municipalités multiplient les stations rapides et AC.

    En décembre 2025, selon les dernières estimations, le Japon stagne à environ 30 000-31 600 bornes de recharge publiques pour VE (dont 8 200 rapides), avec un taux d’évolution quasi nul sur un an, peu supérieur à 0 %, freiné par la faible adoption des BEV et les coûts élevés. Des chiffres faibles et loin des 300 000 connecteurs visés d’ici 2030.

    Parmi les bornes rapides mises en place, seulement 60 % dépassent 50 kW, et le ratio 1,7 borne/100 km (2021) reste maigre face à la Chine (35 bornes/100 km) ou la France (8,4 bornes/100 km).

    La couverture reste inégale : zones rurales, parkings d’immeubles et certains quartiers résidentiels manquent encore de solutions faciles d’accès. Le Japon doit franchir une étape de capillarité pour que les BEV deviennent une option de masse.

    Station de recharge pour véhicules électriques équipée de panneaux solaires sur le toit.
    Station de recharge pour véhicules électriques équipée de panneaux solaires sur le toit.

    Infrastructure : déploiement en accélération, mais couverture inégale

    Constructeurs : Toyota en tête, Nissan pionnier, les autres en marche

    • Toyota : champion des hybrides nationalement et internationalement. La marque adopte une stratégie prudente sur le BEV, même si l’année 2026 semble être un tournant, avec de gros investissements sur les batteries à électrolyte solide (R&D, partenariats).
    • Nissan : avec son modèle Leaf, Nissan a ouvert la voie au BEV made in Japan. La marque doit maintenant accélérer face à la concurrence mondiale.
    • Les autres constructeurs, influents nationalement mais aussi mondialement (Honda, Mazda, Subaru, Mitsubishi, Suzuki), optent pour des stratégies variées. En effet, certains privilégient l’hybride, tandis que d’autres accélèrent sur les BEV.

    Acteurs pour la production de batteries :

    Panasonic, GS Yuasa et Toshiba dominent l’historique des cellules et packs lithium-ion au Japon : Panasonic leader mondial (giga-usine Gunma 2028, objectif 150 GWh/an d’ici 2030 avec Toyota/Nissan pour 6,97 milliards $ investis), GS Yuasa (développe des batteries pour Mitsubishi, Boeing 787, 90 % des motos mondiales), Toshiba (SCiB™ charge rapide durable). Le trio bénéficie de subventions (2,4 milliards $ en 2024) pour booster la production nationale face à la Chine.

    Entrée du siège social de Panasonic Corporation. crédit panasonic.
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    Entrée du siège social de Panasonic Corporation. crédit panasonic.
    Images

    Solid-state : un enjeu stratégique. Toyota et des partenaires (Idemitsu notamment) lancent des projets pilotes et des investissements pour industrialiser des électrolytes solides, potentiellement un avantage thermique et en sécurité pour les marchés chauds et exigeants. Mais la production industrielle de masse reste pour l’instant à venir.

    Infrastructures & énergie :

    NEXCO, TEPCO, ENEOS et des utilities régionales déploient des bornes rapides sur les autoroutes et dans les stations en ville. Les fournisseurs de bornes étrangers (ABB, Siemens) et locaux travaillent ensemble pour développer le plus grand nombre de points de charge.

    Freins : pourquoi le Japon n’explose pas en BEV

    • Un héritage hybride puissant : présentes depuis plus de 20 ans sur le territoire, les consommateurs connaissent et font confiance aux hybrides. En effet, ces véhicules permettent à la population d’adopter une consommation réduite sans dépendre massivement des infrastructures. Et cette préférence, les constructeurs l’ont comprise et largement capitalisée.
    • Infrastructure partielle : le réseau progresse, mais la disponibilité réelle (bornes proches des résidences, parkings d’immeubles, autoroutes) reste insuffisante pour rassurer tous les acheteurs de BEV à franchir le pas.
    • Coûts et chaîne d’approvisionnement : BEV + systèmes de refroidissement/batteries coûteux pèsent sur le prix des véhicules, qui sont forcément plus chers que les hybrides.
    • Stratégie industrielle prudente : les grands groupes privilégient une approche multi-technologies (hybride + hydrogène + BEV) plutôt que de basculer tout de suite sur le BEV pur. Cette prudence freine la montée en volume des BEV.

    Technologies à suivre : solid-state et hydrogène

    Le Japon mise beaucoup sur la technologie des batteries solid-state, car elles offrent plusieurs avantages clés : elles sont moins sensibles à la chaleur, ce qui les rend plus adaptées aux climats chauds, elles ont une densité énergétique plus élevée et sont potentiellement plus sûres en raison de leur chimie plus stable. Toyota investit massivement dans cette technologie avec Idemitsu Kosan. Si ces efforts aboutissent à une production industrielle de masse d’ici la fin de la décennie, le Japon pourrait ainsi regagner un avantage industriel certain face à la concurrence mondiale dans le secteur des batteries.

    Parallèlement, le pays maintient une stratégie robuste en faveur des véhicules à pile à combustible hydrogène (FCEV), positionnant cette technologie comme une solution crédible, notamment pour les véhicules lourds et les usages spécifiques où l’autonomie et la recharge sont essentielles.

    Conclusion — un équilibre japonais, pas une course aveugle

    La vitesse de transition est double pour le Japon : il suit une logique différente. Ici, l’électromobilité se construit par étapes, hybrides d’abord, puis BEV, avec une course technologique sur les batteries qui peut tout changer. La fin de la décennie dira si le pari du solid-state et de la montée en cadence industrielle aura transformé cette stratégie organisée et la puissance de la mobilité.