Catégorie : Expertises

  • Les droits de douane européens sur les voitures électriques « made in China » sont-ils efficaces ? 

    Les droits de douane européens sur les voitures électriques « made in China » sont-ils efficaces ? 

    Près de deux ans après l’entrée en vigueur des droits de douane européens sur les voitures électriques fabriquées en Chine, le bilan apparaît contrasté. Selon une analyse publiée par l’ONG Transport & Environment (T&E), ces mesures ont permis de freiner une partie des importations et d’inciter certains constructeurs à relocaliser leur production en Europe. Mais elles n’ont pas empêché la progression des marques chinoises, ni la dépendance croissante de l’industrie européenne aux batteries venues de Chine.

    Les constructeurs occidentaux relocalisent, les marques chinoises gagnent du terrain

    Les droits de douane imposés par l’UE constituent un premier rempart face aux voitures électriques chinoises, mais l’Europe reste sous pression. C’est le bilan que dresse l’ONG Transport & Environnement à la lecture des chiffres, notamment au premier semestre 2026. Sur les six premiers mois de l’année, les VE produits en Chine représentent 17% du marché européen, soit 5 points de moins par rapport à 2024 (22% des parts de marché), date de l’entrée en vigueur de ces mesures commerciales.

    Cette baisse s’explique principalement par les choix industriels de plusieurs constructeurs internationaux, notamment Tesla, BMW et Volvo, qui ont transféré une partie de leur production destinée au marché européen vers des usines implantées dans l’Union européenne. En parallèle, la part des constructeurs européens dans les importations de véhicules électriques produits en Chine a considérablement diminué (de 38 % à 23 %) sur la même période. Celle de Tesla a également reculé, de 26 à 19 %.

    Néanmoins les constructeurs chinois continuent leur progression. Ils représentent désormais plus de la moitié des véhicules électriques importés de Chine vers l’Europe, preuve que les droits de douane ne suffisent pas à enrayer leur offensive commerciale.

    Une efficacité très variable selon les constructeurs

    L’impact des taxes dépend largement du niveau des droits appliqués. SAIC, propriétaire de la marque MG, soumis à un droit de douane de 35 %, a vu ses exportations de véhicules électriques vers l’Europe quasiment divisées par deux entre 2023 et 2025. À l’inverse, BYD, taxé « seulement » à hauteur de 17 %, a plus que doublé ses exportations sur la même période. Un constat demeure : malgré les barrières douanières, les véhicules électriques chinois s’affichent en moyenne 21 % moins chers que leurs concurrents européens, un avantage compétitif qui continue de séduire de nombreux acheteurs.

    Les constructeurs européens encore fragiles

    Pour les industriels européens, la concurrence chinoise intervient alors que la transition vers le véhicule électrique reste coûteuse. Volkswagen, Renault, Stellantis ou Mercedes-Benz investissent plusieurs dizaines de milliards d’euros dans l’électrification de leurs gammes, la modernisation de leurs usines et le développement de logiciels embarqués. Dans le même temps, ils doivent composer avec une rentabilité limitée, une demande européenne plus hésitante qu’anticipé et une concurrence asiatique particulièrement agressive sur les prix.

    L’arrivée de nouveaux acteurs chinois accentue cette pression. Depuis septembre 2023, dix projets d’usines de constructeurs chinois ont été annoncés en Europe. L’objectif est clair : produire localement pour contourner les droits de douane tout en bénéficiant de la proximité du marché européen.

    Parallèlement, les marques chinoises accélèrent sur les véhicules hybrides rechargeables (PHEV), qui échappent à ces surtaxes douanières de l’UE. Ainsi détiennent-elles désormais 13 % du marché européen contre seulement 3 % en 2024.

    Ces usines européennes qui pourraient fabriquer des voitures chinoises

    Pour éviter les droits de douane, les constructeurs asiatiques mettent en place leur stratégie pour développer l’outil industriel sur le sol européen (ce qui réduirait au passage les coûts de transport et la pollution maritime qui en découle). Les usines européennes sont aujourd’hui sous-utilisées, des partenariats industriels pourraient donc prendre tout leur sens. A l’image de l’alliance Leapmotor-Stellantis qui permet la fabrication de la T03 en Pologne ou la B10 en Espagne, ou l’accord avec Dongfeng qui devrait voir sortir des VE chinois des lignes d’assemblage du site de Rennes-La Janais (qui produit actuellement le C5 Aircross). BYD débute sa production dans son usine propre en Hongrie, tandis que Xpeng « sous-traite » sa production à Magna en Autriche, tout en discutant avec Volkswagen pour produire en Allemagne. Et les autres exemples ne manquent pas. 

    Le véritable enjeu : la bataille des batteries

    Pour T&E, le principal point faible de la stratégie européenne ne concerne plus les véhicules eux-mêmes mais les batteries. En effet, les importations de batteries chinoises ont été multipliées par sept entre 2020 et 2025. Elles fournissent les usines des constructeurs européens et restent très faiblement taxées. Cette dépendance menace directement l’émergence d’une véritable filière industrielle européenne. 

    Donnée préoccupante pour l’industrie continentale : moins du quart des batteries produites sur le territoire européen sont aujourd’hui fabriquées par des entreprises européennes, qui peinent à atteindre le niveau de qualité requis pour ces produits de haute technologie.

    Plusieurs projets de « gigafactories » connaissent déjà des difficultés financières ou des retards, alors que les fabricants asiatiques dominent largement les technologies et les capacités de production.

    Selon l’étude de T&E, l’instauration d’un droit de douane de 20 % sur les batteries chinoises n’entraînerait qu’une hausse moyenne de 2,8 % du prix des véhicules électriques assemblés dans l’Union européenne, tout en renforçant la compétitivité des producteurs européens.

    Les normes CO2 au cœur de l’équation

    Au-delà de la politique commerciale, l’ONG environnementale voit plus loin et estime que les futures normes européennes d’émissions de CO2 joueront un rôle décisif. Si les objectifs de réduction des émissions sont assouplis, le rythme d’électrification ralentira car les constructeurs européens seront moins incités à accélérer leur transition. 

    Selon les projections de T&E, la part de marché des marques chinoises pourrait alors atteindre 30 % du marché européen des véhicules électriques en 2035, contre seulement 15 % si les objectifs actuellement défendus par la Commission européenne sont maintenus.

    Une stratégie industrielle à compléter

    Si les droits de douane ont permis d’obtenir des premiers résultats en favorisant les relocalisations industrielles et les investissements en Europe, cela reste insuffisant. L’ONG appelle l’Union européenne à renforcer sa politique industrielle en élargissant les mesures de défense commerciale aux batteries chinoises, en empêchant les stratégies de contournement via des pays tiers ou en imposant un transfert de technologie ou encore en se fournissant auprès de sous-traitants locaux. 

    D’après T&E, les textes de loi doivent soutenir les filières industrielles automobiles tout en maintenant les objectifs de réduction des émission de CO2 pour 2035. Pour les constructeurs européens, l’enjeu dépasse désormais la seule protection du marché. Il s’agit de bâtir une chaîne de valeur complète — des batteries aux véhicules — capable de rivaliser durablement avec les géants chinois sur le terrain des coûts, de l’innovation et des volumes de production. Plus facile à dire qu’à faire.

  • Portrait-robot du meilleur véhicule électrique du moment

    Portrait-robot du meilleur véhicule électrique du moment

    L’électrification de l’industrie automobile a été freinée à plusieurs reprises au cours des 18 derniers mois. Les droits de douane imposés par l’Europe et les États-Unis ont entraîné un ralentissement de la demande de véhicules électriques sur ces marchés. La guerre des prix en Chine continue d’affecter la rentabilité des constructeurs chinois. Aujourd’hui, la modification de la réglementation au sein de l’Union européenne confirme une réalité que personne n’osait envisager : l’électrification est plus longue et plus complexe que prévu. Quelles seraient les caractéristiques du meilleur véhicule électrique, actuellement ?

    Malgré les défis auxquels est confrontée la voiture électrique, l’année dernière a été la plus active en termes de nouveaux modèles présentés. Cette année s’annonce encore plus dynamique. Selon mon suivi quotidien des nouveaux véhicules particuliers dévoilés dans le monde, 97 nouveaux modèles entièrement électriques ont été présentés en 2025. Cela représente 56 % de l’ensemble des voitures particulières et des véhicules utilitaires légers exposés. Plus de la moitié des nouveaux véhicules présentés en 2025 étaient électriques. Cette année, jusqu’à mi-mai, 64 nouveaux modèles ont été présentés, dont 42 sont disponibles en version 100 % électrique.

    Mes données indiquent que plus de la moitié des voitures 100 % électriques présentées entre janvier et mai 2026 (hors hybrides rechargeables, hybrides et véhicules à autonomie étendue) ont été dévoilées par des marques chinoises.

    De nombreux modèles intéressants

    Contrairement à il y a quelques années où Tesla et quelques modèles chinois occupaient les premières places du classement des voitures électriques les plus intéressantes, la situation est aujourd’hui bien différente.

    Le rattrapage rapide des constructeurs automobiles occidentaux contribue à élargir l’offre. J’ai sélectionné 20 finalistes parmi les 97 nouvelles voitures électriques présentées entre janvier 2025 et mai 2026 : Aito M6, Audi E7X, BMW iX3, Buick Electra L7, BYD Han L, Fang Cheng Bao Tai 3, Firefly, Kia EV2, Leapmotor A10, Lexus ES, Maextro S800, Mazda EZ-60, Nissan N7, Onvo L90, Polestar 5, Renault Twingo, Xiaomi YU7, Toyota Highlander, Volkswagen ID.Polo et Xpeng GX.

    Bien que la sélection soit principalement objective et ne repose sur aucun test spécifique, j’ai tenté de prendre en compte les trois éléments suivants :

    1. Type de carrosserie : l’impact probable de la nouvelle voiture sur les marchés mondiaux en raison de son type de carrosserie.

    2. Disponibilité : la présence et la disponibilité de la nouvelle voiture à l’échelle mondiale sur les marchés internationaux.

    3. Compétitivité : le juste équilibre entre prix et caractéristiques techniques.

    Sur la base de ces critères, je pense que la voiture électrique du moment est la Leapmotor A10. C’est un petit SUV très compétitif qui peut révolutionner le marché, tant dans les pays développés que dans les pays émergents. Il n’est ni trop grand, ni trop petit. Côté design, il est moderne et actuel, avec un intérieur spacieux et de grande qualité. Son prix est très attractif sans être bradé, ce qui lui permet de concurrencer les leaders traditionnels des segments B et C des SUV.

    Leapmotor en pleine croissance

    Leapmotor est en passe de devenir l’un des constructeurs automobiles chinois à la croissance la plus rapide.
    La marque s’est judicieusement positionnée comme une alternative économique parmi les marques automobiles chinoises de haute technologie, de plus en plus populaires. Cette décision judicieuse permet à cette marque de se présenter comme un constructeur technologiquement avancé proposant des prix compétitifs, contrairement aux autres constructeurs chinois de haute technologie tels que Nio, Xpeng, Li Auto ou Xiaomi.

    La participation de Stellantis au capital de Leapmotor pourrait également s’avérer un facteur clé de succès. Bien que le constructeur européen-américain traverse une période difficile, il bénéficie d’une forte présence en Europe et en Amérique latine, deux marchés où les marques chinoises souhaitent développer leur activité. Le réseau de concessionnaires Stellantis peut véritablement dynamiser la présence et les ventes des véhicules Leapmotor, y compris l’A10.

  • Quel avenir pour la voiture électrique en Europe ?

    Quel avenir pour la voiture électrique en Europe ?

    La question paraît inopportune au moment où les voitures thermiques endurent des baisses de ventes significatives et les prix des carburants sont au plus haut : les modèles électriques constituent-ils réellement et durablement le futur de la mobilité ? La réponse se veut plus nuancée que ne le laisse penser l’évidence

    Popularité croissante

    C’est une grande inconnue. J’ai récemment participé, en tant que conférencier, à un événement consacré à la situation de la voiture électrique et à sa popularité croissante. Une des questions du public portait sur les cinq prochaines années et le rôle de chaque motorisation. Ma réponse : chacune aura son importance.

    On entend parler de la transition vers les véhicules électriques depuis une dizaine d’années. Le scandale du Dieselgate en 2015 n’a fait qu’accélérer la nécessité de conduire des voitures « propres ». La réglementation est venue s’y ajouter et la transition énergétique est rapidement devenue un sujet à la mode dans l’industrie automobile.

    Alors que les voitures à moteur thermique semblaient moins engagées dans la réduction des émissions, beaucoup se sont tournés vers les voitures électriques. La réalité est aujourd’hui bien différente. Heureusement, elles ne seront pas les seules.

    Seulement, une voiture sur 3 dans le monde est électrique

    En mai 2026, on comptait environ 1 800 modèles de voitures différents disponibles dans le monde. Les modèles entièrement électriques en représentaient un tiers. En résumé, parmi toutes les voitures neuves disponibles aujourd’hui, un tiers est équipé d’une motorisation 100 % électrique. C’est un avantage certain du point de vue de l’offre : les consommateurs ont désormais plus de choix.

    La plupart de ces voitures sont arrivées après des années de planification produit qui ont concentré l’attention et les ressources sur la transition.

    Jusqu’en 2024, il était quasiment indispensable pour un constructeur automobile de consacrer davantage d’argent au développement des voitures électriques qu’à tout autre projet. Comme le montrait la Chine, la transition était possible car les consommateurs souhaitaient ces voitures.

    Transition en manque de souffle

    Mais cette transition rapide s’est essoufflée et il est vite apparu qu’elle prenait plus de temps que prévu. C’est pourquoi je pense que l’avenir de la voiture électrique en Europe est étroitement lié à celui des autres technologies. L’industrie a compris qu’elle ne peut pas se reposer sur une seule motorisation pour assurer sa pérennité.

    Les voitures hybrides (HEV), hybrides rechargeables (PHEV), hybrides légères (MHEV), essence, 100 % électriques (EV), à autonomie étendue (EREV) et même à hydrogène devraient faire partie intégrante du paysage automobile au cours des cinq prochaines années. L’industrie automobile comprend qu’il est trop risqué de miser sur une technologie unique.

    Un éco-système à consolider

    C’est pourquoi, même si la voiture électrique devrait devenir plus abordable (moins

    chère) dans les années à venir, elle ne sera pas le seul choix offert aux consommateurs européens. L’écosystème autour des véhicules électriques à batterie (BEV) aura besoin de plus de temps pour se développer pleinement, tandis que les constructeurs automobiles européens auront besoin de plus de temps pour proposer des voitures électriques réellement abordables.

    L’avenir est prometteur pour les voitures électriques en Europe. Mais contrairement à ce que l’on pensait il y a quelques années, elles ne seront pas exclusives et les autres technologies continueront de jouer leur rôle. C’est une bonne chose pour les consommateurs.

  • Pékin 2026 : Quand la vitesse prime sur la taille

    Pékin 2026 : Quand la vitesse prime sur la taille

    J’ai eu l’opportunité de visiter le Salon de l’automobile de Pékin 2026. C’était mon quatrième voyage en Chine en deux ans, période durant laquelle l’ampleur de son industrie a été surpassée par la vitesse de son développement. Le salon, qui s’est tenu en avril, a une fois de plus démontré la force des Chinois, prouvant que leur force réside non seulement dans leurs impressionnants volumes de production et de ventes, mais aussi dans leur capacité à innover et à anticiper les tendances.

    C’est ce qui m’a le plus impressionné lors de cette exposition. Bien sûr, les chiffres

    étaient tout simplement incroyables : sur 380 000 mètres carrés d’espace d’exposition et 1,3

    kilomètre entre les sections sud et nord du centre des congrès, 1 451 véhicules étaient exposés, la plupart présentés par 82 marques différentes, dont 60 chinoises et 22 étrangères. Parmi les grands absents figuraient Kia, Chevrolet et Land Rover.

    Le plus étonnant était la rapidité avec laquelle tout évolue. Du lieu lui-même — dont la surface d’exposition a doublé en seulement deux ans — au nombre de nouvelles marques et de nouveaux modèles, en passant par les avancées technologiques et les solutions de mobilité présentées, l’industrie automobile a connu des transformations majeures au cours de son histoire, telles que l’essor fulgurant des constructeurs japonais dans les années 1970 et 1980, ou la croissance accélérée des marques coréennes dans les années 1990 et 2000. Mais jamais auparavant l’industrie automobile n’avait connu de changements aussi rapides que ceux que connaissent les constructeurs chinois aujourd’hui. Et c’est peut-être le plus grand défi auquel les constructeurs automobiles traditionnels sont désormais confrontés.

    Le salon a été l’occasion de dévoiler 38 nouveaux véhicules de série. Huit d’entre eux ont été présentés par des marques étrangères (cinq par le groupe Volkswagen). À l’exception du

    Porsche Cayenne Coupé, tous ces modèles ont été conçus par et pour le marché chinois.

    Autrement dit, l’épicentre de l’industrie automobile mondiale et de ses dernières innovations n’est plus l’Europe, les États-Unis ou le Japon, mais la Chine. Ce qui s’est passé à Pékin reflète une tendance qui se dessine depuis plusieurs mois.

    D’après mon suivi des nouveaux modèles, entre janvier et mai de cette année, les constructeurs chinois ont lancé en moyenne deux nouveaux modèles par semaine. C’est deux fois plus que les marques européennes durant la même période.

    L’Occident, le Japon et la Corée n’ont jamais connu un tel rythme. Par conséquent, ils ne sont pas habitués à des cycles de développement produit aussi rapides.

    L’arrogance occidentale appartient au passé.

    Les groupes automobiles traditionnels, autrefois maîtres incontestés du secteur, sont désormais de simples spectateurs. C’est l’atmosphère qui régnait sur les stands de marques comme Volkswagen, BMW, Mercedes, Toyota, Hyundai, Nissan, Audi, Ford, Honda, Mazda et Buick.

    L’attention des médias et du public se porte désormais sur les déclarations et les présentations des acteurs chinois.

    Et lorsque des marques étrangères présentent une nouveauté, il s’agit souvent d’un produit imprégné d’ADN chinois. C’est le cas d’AUDI, de la gamme Volkswagen ID, de la gamme Nissan N, du Ford Bronco EV, de la quasi-totalité des nouveaux modèles Buick, de la Hyundai IONIQ V, des derniers modèles Toyota bZ et des véhicules électriques Mazda.

    Fini le temps où les hauts dirigeants européens et américains arrivaient aux salons automobiles comme des demi-dieux. Aujourd’hui, ils apparaissent tout au plus comme de simples cadres cherchant à comprendre comment les constructeurs chinois parviennent à proposer des solutions innovantes sans faire exploser le prix final du véhicule.

    C’est peut-être cette attitude arrogante qui a obscurci la vision de nombre de ces entreprises. Ils ont sous-estimé leurs concurrents chinois et, bien qu’ils aient anticipé l’arrivée des véhicules électriques (Renault Zoé, Nissan Leaf, BMW i3, Chevrolet Volt), ils n’ont jamais imaginé que la transition — du moins en Chine — se ferait aussi rapidement.

    Conséquence : les décisions les plus importantes du secteur ne sont plus prises à

    Detroit, Wolfsburg ou Tokyo, mais en Chine. Les véhicules électriques ont désormais un nom, et si ce n’est pas Tesla, il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’une marque chinoise. Et ce phénomène ne se limite plus à la Chine ; cette évolution s’accélère sur les marchés émergents (Amérique latine, Asie du Sud-Est, Afrique, Russie et Asie centrale), ainsi que dans de nombreuses régions développées (Australie, Europe et Moyen-Orient).

    Le problème pour les constructeurs occidentaux n’est plus seulement leur chute libre sur le

    plus grand marché mondial. Après avoir vu leur part de marché en Chine chuter de 63-66 % avant la pandémie à 32-36 % aujourd’hui, les constructeurs automobiles traditionnels voient désormais leur position autrefois solide hors de Chine également menacée.

    Ce n’est pas qu’une question de prix

    L’essor de la Chine ne s’explique pas uniquement par des prix compétitifs. Lors d’un salon comme celui de Pékin, ce sont les modèles des marques chinoises qui ont su émerveiller les visiteurs dès leur entrée. La haute qualité perçue des matériaux, associée à des systèmes d’infodivertissement de pointe et à une vaste gamme d’accessoires et de solutions, fait de l’

    expérience à bord un véritable plaisir.

    Bien que nombre de ces gadgets ne soient pas appréciés en Occident (qui a besoin d’un karaoké à bord ?), la réalité est que c’est ainsi que l’on séduit le consommateur d’aujourd’hui. Cette capacité à surprendre s’est perdue en Occident, où les voitures sont non seulement plus chères, mais aussi plus fades et simplistes. Le contraste était frappant entre l’enthousiasme des occupants d’une Xpeng et la réaction mitigée de ceux qui montaient dans une Mercedes.

    Un enjeu géopolitique

    Le salon reflétait également le nouvel équilibre des pouvoirs entre la Chine et les pays en développement. Il est intéressant de constater comment les Chinois invitent des milliers de journalistes des pays en développement où ils souhaitent étendre leur influence. Ils les traitent avec déférence et leur font croire que la voiture chinoise est la voiture tendance du moment.

    Quand les constructeurs occidentaux ont-ils jamais fait preuve d’un tel traitement, alors qu’ils ont souvent tendance à mépriser les pays en développement, en leur proposant des véhicules moins sophistiqués et aux normes de sécurité inférieures ? De toute évidence, les efforts de relations publiques chinois portent leurs fruits : tout comme sur leur marché intérieur, les véhicules chinois deviennent désormais plus attractifs que les véhicules occidentaux dans de nombreux pays en développement.

  • L’impact des réglementations européennes sur la compétitivité automobile face à la Chine.

    L’impact des réglementations européennes sur la compétitivité automobile face à la Chine.

    Tandis que l’Europe peine à maîtriser sa propre réglementation, la Chine continue de gagner du terrain grâce à son approche pragmatique des changements. Ceci illustre bien la situation de l’industrie automobile sur les deux marchés et la manière dont ils l’abordent selon deux perspectives opposées.

    La transition vers des énergies plus propres dans les transports, le développement de nouvelles technologies et les tensions commerciales constituent les trois principaux défis auxquels l’industrie automobile actuelle est confrontée. Après plus d’un siècle d’histoire, nous assistons aujourd’hui à une transformation radicale de nos modes d’achat et d’utilisation des voitures.

    La réglementation devient-elle un atout ou un obstacle ?

    La Chine et l’Europe souhaitent toutes deux réduire leurs émissions dans les années à venir.

    La différence réside dans la manière d’atteindre cet objectif. D’un côté, l’Union européenne s’est engagée juridiquement à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. Pour ce faire, elle prévoit de réduire ses émissions nettes de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. L’un des moyens d’y parvenir est de favoriser l’adoption des véhicules électriques.

    Cette transition doit s’effectuer sous un régime de sanctions sévères, les constructeurs automobiles qui ne respectent pas les objectifs devant verser des amendes aux autorités. Au lieu d’avoir un impact positif, cette réglementation devient un véritable cauchemar pour tous les constructeurs automobiles opérant en Europe. Ils doivent investir massivement dans les technologies de motorisation zéro émission sans aucune certitude quant à l’achat de ces véhicules par les consommateurs.

    Parallèlement, ils sont contraints d’abandonner la production de voitures à moteur thermique, leur principale source de revenus.

    De l’autre côté, la Chine ambitionne d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2060, avec un objectif de réduction des émissions de l’ensemble de son économie de 10 % par rapport aux niveaux de pointe d’ici 2035. Le gouvernement chinois souhaite promouvoir l’adoption des véhicules à énergies nouvelles (VEN) afin de parvenir à une réduction de 91 % des émissions des voitures particulières à long terme.

    La principale différence réside dans le rôle des autorités de réglementation et des constructeurs automobiles au sein de l’économie. En Chine, les VEN sont essentiels à la future expansion économique du pays. Les constructeurs savent qu’ils ne disposent d’aucun avantage concurrentiel avec les voitures à moteur thermique, mais avec les véhicules à faibles émissions. C’est pourquoi les gouvernements central et locaux accordent de nombreuses incitations, un soutien et des subventions aux constructeurs automobiles.

    En Europe, les incitations publiques sont également présentes, mais les sanctions constituent l’élément essentiel de la réglementation. Les constructeurs automobiles européens accélèrent leurs programmes d’électrification car ils ne souhaitent pas payer d’amendes. Au lieu de faciliter la transition, la réglementation européenne la complexifie.

  • L’électromobilité chez Lamborghini : le constructeur électrifie sa gamme mais refuse encore le tout-électrique

    L’électromobilité chez Lamborghini : le constructeur électrifie sa gamme mais refuse encore le tout-électrique

    Alors que l’industrie automobile accélère sa transition électrique, Lamborghini semble suivre une trajectoire bien plus prudente. Entre hybridation généralisée, maintien du moteur thermique et recul du projet 100 % électrique Lanzador, la marque italienne cherche surtout à préserver ce qui fait son identité : l’émotion, la performance et l’exclusivité.

    source : Lamborghini

    Cor Tauri : le plan initial d’une électrification progressive

    Le tournant officiel remonte à 2021. Cette année-là, Lamborghini dévoile sa feuille de route “Cor Tauri”, présentée comme le plus grand plan d’investissement de l’histoire de la marque. Plus de 1,5 milliard d’euros doivent être investis sur quatre ans afin de transformer progressivement la gamme.

    La stratégie est alors organisée en trois étapes très claires :

    • d’abord célébrer les motorisations thermiques avec des séries hommage et des modèles exclusifs ;
    • ensuite généraliser l’hybridation rechargeable ;
    • puis lancer une première Lamborghini 100 % électrique dans la seconde moitié de la décennie.

    À l’époque, Stephan Winkelmann, président-directeur général de la marque, résume cette transition comme un “changement de cap rendu nécessaire par un contexte qui a radicalement évolué”, tout en promettant de rester “fidèle à notre ADN”. Et c’est probablement cette phrase qui résume le mieux toute la stratégie actuelle de Lamborghini.

    source : Lamborghini

    Une gamme désormais presque entièrement hybride

    Sur le plan industriel, Lamborghini a effectivement respecté une grande partie de sa feuille de route. La Revuelto est devenue la première supercar V12 hybride rechargeable de série de la marque avec une puissance cumulée annoncée à 1 015 ch. L’Urus SE, version électrifiée du SUV star du constructeur, a lui aussi rejoint la gamme. Même la remplaçante de la Huracán, baptisée Temerario, adopte désormais une architecture hybride rechargeable autour d’un V8 biturbo.

    En réalité, Lamborghini électrifie aujourd’hui tous ses piliers stratégiques. Mais cette hybridation ne ressemble pas à une rupture brutale. Au contraire, elle est utilisée comme un moyen de préserver les performances et le caractère des modèles tout en répondant aux contraintes réglementaires.

    source : Lamborghini

    Le Fenomeno Roadster, symbole parfait de la stratégie Lamborghini

    Dévoilé lors de la deuxième édition de la Lamborghini Arena, le Fenomeno Roadster résume presque à lui seul la vision actuelle du constructeur italien.

    Seulement 15 exemplaires seront produits. On est clairement sur un modèle ultra-sportif qui abritera un V12 atmosphérique de 6,5 litres associé à trois moteurs électriques pour une puissance totale de 1 080 ch.

    Le constructeur le présente comme étant “le toit ouvert le plus puissant jamais créé par Lamborghini” et le résultat attendu est spectaculaire :

    • 0 à 100 km/h en 2,4 secondes ;
    • 0 à 200 km/h en 6,8 secondes ;
    • plus de 340 km/h en vitesse de pointe.

    Mais au-delà des chiffres, c’est surtout le message envoyé par Lamborghini qui est intéressant. Le Fenomeno Roadster n’est pas une rupture avec l’ADN historique de la marque. Au contraire, il l’utilise pour justifier l’hybridation. Le V12 reste central, les sensations mécaniques restent mises en avant, et l’électrique vient surtout renforcer les performances.

    Stephan Winkelmann le décrit lui-même comme : “l’expression la plus pure des valeurs de notre marque : design visionnaire, performance sans compromis et exclusivité absolue.”

    source : Lamborghini

    Le vrai problème du 100 % électrique : préserver le caractère Lamborghini

    Et c’est précisément là que la stratégie commence à changer. Initialement, Lamborghini prévoyait de lancer son premier modèle entièrement électrique avant la fin de la décennie avec le projet Lanzador, un concept présenté en 2023. Le véhicule devait développer plus d’un mégawatt de puissance, soit environ 1 340 ch.

    Mais depuis 2025, le discours du constructeur a nettement évolué. Stephan Winkelmann reconnaît désormais que la demande pour une Lamborghini 100 % électrique reste extrêmement faible auprès de la clientèle de la marque. Dans un entretien accordé au Sunday Times, il explique même que :

    “Investir massivement dans le développement de véhicules 100 % électriques alors que le marché et la clientèle ne sont pas prêts serait un passe-temps coûteux.”

    Le dirigeant va encore plus loin en expliquant que les clients Lamborghini recherchent avant tout “les sensations” et “le son viscéral” des moteurs thermiques. Le problème de Lamborghini n’est pas seulement technique ou réglementaire. Il est surtout symbolique et émotionnel, une Lamborghini doit être rapide, bien sûr, mais aussi théâtrale, brutale et distinctive. 

    L’hybride rechargeable comme zone de transition

    Dans ce contexte, l’hybride rechargeable apparaît comme une solution beaucoup plus rassurante pour Lamborghini. En effet, le constructeur peut :

    • réduire les émissions ;
    • répondre aux normes européennes ;
    • améliorer les performances tout en conservant les moteurs thermiques qui participent à l’identité de la marque.

    Même le projet Lanzador pourrait finalement abandonner son architecture 100 % électrique au profit d’un système hybride rechargeable. Stephan Winkelmann résume cette logique très simplement : “Les hybrides rechargeables offrent le meilleur des deux mondes.”

    source : Lamborghini

    À Sant’Agata Bolognese, l’avenir ne semble donc plus passer par une révolution brutale, mais par une transition maîtrisée. Lamborghini électrifie ses modèles, oui, mais sans sacrifier le son, les sensations et l’exclusivité qui définissent encore l’expérience de conduite de la marque. Et aujourd’hui, l’hybride rechargeable apparaît clairement comme le meilleur compromis trouvé par le constructeur italien pour préserver cet équilibre.

  • Microlino : comment une microvoiture des années 1950 est devenue une solution de mobilité du XXIe siècle

    Microlino : comment une microvoiture des années 1950 est devenue une solution de mobilité du XXIe siècle

    Dans l’histoire automobile européenne, rares sont les modèles capables de traverser les décennies sans perdre leur utilité. La Iso Isetta en fait partie. Née dans une Europe en reconstruction, devenue un symbole de mobilité accessible, elle réapparaît aujourd’hui sous une formeplus verte avec la Microlino. Cette dernière s’impose comme une relecture contemporaine d’un concept vieux de plus de 70 ans.

    source : Microlino

    L’Isetta, icône d’une Europe en reconstruction

    Pour comprendre la portée de la Microlino, il faut revenir au début des années 1950. L’Isetta est lancée en 1953 par Iso, une entreprise italienne spécialisée à l’origine dans les scooters et petits véhicules. Le contexte est alors très particulier : l’Europe sort de la Seconde Guerre mondiale, le pouvoir d’achat est limité et les infrastructures encore fragiles. L’automobile classique reste hors de portée pour une grande partie de la population.

    C’est dans ce cadre que l’Isetta s’impose comme une solution radicalement différente. Longue d’environ 2,30 mètres, pesant à peine 350 kg, elle adopte une architecture unique : une porte frontale qui englobe tout l’avant du véhicule, permettant un accès direct à bord. À l’intérieur, deux passagers prennent place côte à côte, dans un espace réduit mais optimisé. Son moteur monocylindre, dérivé de la moto, développe une puissance modeste d’environ 12 chevaux, pour une vitesse maximale proche de 85 km/h.

    source : BMW

    Mais ce qui fait réellement le succès de l’Isetta, c’est sa diffusion à grande échelle sous licence, notamment par BMW. Le succès est immédiat. Produite entre 1955 et 1962, l’Isetta s’écoule à plus de 160 000 exemplaires rien qu’en Allemagne, pour l’époque c’est impressionnant. À l’échelle mondiale, toutes versions confondues, la production dépasse les 300 000 unités. Avec son moteur monocylindre issu de la moto (souvent autour de 250 à 300 cm³), sa consommation extrêmement faible et son gabarit ultra-compact (2,3 mètres de long environ), elle devient l’incarnation d’une mobilité accessible, rationnelle et ingénieuse.

    Plus encore, l’Isetta sauve littéralement BMW de la faillite. Elle permet à la marque de survivre à une période critique et de financer progressivement son repositionnement vers des modèles plus ambitieux. Rarement une voiture aussi atypique aura eu un rôle aussi structurant dans l’histoire d’un constructeur.

    source : BMW

    Pourquoi ce concept résonne encore aujourd’hui

    Plus de 70 ans plus tard, le contexte a changé, mais certaines problématiques restent étonnamment proches. La congestion urbaine, la rareté du stationnement ou encore le coût global de la mobilité poussent à repenser le format même de la voiture.

    Dans les grandes métropoles européennes, la taille moyenne des véhicules contraste de plus en plus avec les usages réels. Une majorité des trajets se fait seul, sur de courtes distances, dans des environnements saturés. C’est précisément sur ce terrain que l’Isetta avait trouvé sa pertinence dans les années 1950.

    source : BMW

    C’est sur cette base que la Microlino a été pensée. Développée par la société suisse Micro Mobility Systems, elle reprend explicitement les codes de l’Isetta.

    Le parallèle visuel est immédiat : porte frontale, silhouette arrondie, format ultra-compact. Avec une longueur d’environ 2,50 mètres, la Microlino reste dans la même philosophie que son ancêtre. Elle conserve également la configuration deux places et l’idée d’un véhicule conçu exclusivement pour un usage urbain. Aussi et surtout, l’ouverture porte avant ultra originale est gardée dans l’objectif de rappeler ce qu’était Isetta. Pour autant, au vu des dimensions XS de ce quadricycle, on retrouve tout de même un coffre de 230 litres. 

    source : Microlino

    Une transformation dictée par le XXIe siècle

    Là où la Microlino s’éloigne radicalement de l’Isetta, c’est sur le plan technologique. Exit le moteur thermique monocylindre : la Microlino est 100 % électrique. Elle propose plusieurs configurations de batterie, avec une autonomie allant jusqu’à environ 230 km selon les versions, pour une vitesse maximale d’environ 90 km/h.

    source : Microlino

    Ces chiffres la positionnent clairement comme un véhicule urbain, pas capable de rivaliser avec une voiture traditionnelle sur autoroute. Mais c’est précisément là que réside sa cohérence : elle ne cherche pas à tout faire, seulement à répondre efficacement à un usage ciblé.

    Autre évolution majeure : la sécurité et la conception. Contrairement à l’Isetta, la Microlino bénéficie de standards modernes en matière de structure, de freinage et d’équipements. 

    source : Microlino

    Une icône réinterprétée, pas copiée

    Avec la Microlino, l’Isetta ne revient pas telle qu’elle était. Elle est réinterprétée, adaptée, projetée dans un nouvel environnement, et s’inscrit dans une démarche émotionnelle.

    Dans les années 1950, l’Isetta répondait à une Europe en reconstruction. En 2026, la Microlino répond à une mobilité urbaine en mutation. Entre les deux, un même fil conducteur : proposer une solution simple, compacte et cohérente avec son époque. Certaines idées ne vieillissent pas, elles évoluent.

  • BMW franchit les 2 millions de voitures électriques et confirme sa montée en puissance industrielle

    BMW franchit les 2 millions de voitures électriques et confirme sa montée en puissance industrielle

    BMW passe un cap symbolique, mais surtout industriel. Le groupe allemand annonce avoir produit son deux millionième véhicule 100 % électrique sorti de l’usine de Dingolfing en Allemagne. Derrière ce chiffre, l’enjeu dépasse largement l’effet d’annonce : il dit beaucoup de la transformation progressive du constructeur vers l’électrique, sans renoncer à sa stratégie multi-énergies.

    source : BMW Group

    Un cap symbolique et surtout industriel

    Le communiqué de BMW Group l’annonce, l’heureuse élue est une BMW i5 M60 xDrive de couleur Tansanit Blue, assemblée à l’usine de Dingolfing et destinée à un client espagnol. Le chiffre est là et il est symbolique, avec 2 millions de véhicules électriques produits, BMW confirme qu’il est un acteur, avec un grand A, de la transition énergétique des transports.

    Si le groupe reste loin des volumes des leaders mondiaux, emmenés par BYD, Tesla et le Volkswagen Group, le rythme s’intensifie nettement. Ce jalon illustre une montée en puissance continue, portée par l’extension de la gamme et la transformation progressive des usines du groupe allemand.

    source : BMW Group

    Une stratégie ancienne, mais longtemps progressive

    Contrairement à d’autres constructeurs, BMW n’a pas attendu la vague récente pour se lancer. En effet, le groupe produit des voitures 100 % électriques en série depuis 2013 avec la BMW i3, assemblée à Leipzig.

    Ce modèle pionnier a posé les bases de la gamme “i”, mais la montée en puissance est restée progressive pendant plusieurs années, car l’emblème de la marque est surtout ses moteurs thermiques très performants.

    C’est surtout depuis le début des années 2020 que le constructeur change d’échelle, avec une multiplication des modèles et une transformation plus profonde de son outil industriel.

    source : BMW Group

    Dingolfing, cœur industriel de l’électrique chez BMW

    Le communiqué paru le 5 mai 2026 met en avant Dingolfing, et ce n’est pas un hasard. Le site de Basse-Bavière est aujourd’hui la principale vitrine industrielle de BMW sur l’électrique. Depuis 2021, il y produit des modèles comme la BMW iX, la BMW i7 et la BMW i5, tous étant électriques.

    En quatre ans, plus de 320 000 véhicules électriques y ont été assemblés soit près d’un sixième du nombre total. Plus récemment, en 2025, plus d’un quart de la production du site était déjà 100 % électrique.

    Surtout, Dingolfing ne se limite pas à l’assemblage. Le site a produit plus de 1,5 million de moteurs électriques et plus d’un million de batteries haute tension. Autrement dit, c’est un centre ultra important de la chaîne de valeur électrique du groupe.

    source : BMW Group

    Un réseau industriel déjà largement électrifié

    Mais si l’usine de Dingolfing est mise en valeur, il est en fait une pièce importante parmis un dispositif plus large. BMW produit désormais des véhicules électriques dans l’ensemble de ses grandes usines allemandes, notamment à Munich, Regensburg et Leipzig.

    À l’international, la production s’appuie aussi sur des sites comme Shenyang en Chine ou Spartanburg aux États-Unis, selon les modèles et les composants.

    Cette organisation permet au groupe de monter en puissance sans dépendre d’un seul site, tout en préparant la prochaine génération de véhicules “Neue Klasse”.

    Le choix assumé du multi-énergies

    C’est l’autre message clé du communiqué. BMW ne fait pas le choix d’une bascule brutale vers le tout électrique. Le constructeur continue de produire, sur une même ligne d’assemblage, des modèles thermiques, hybrides et électriques.

    source : BMW Group

    Ce principe de “montage mixte” permet d’ajuster la production à la demande, marché par marché. Une approche plus flexible que celle de certains concurrents qui séparent totalement leurs lignes, au risque de produire trop par rapport à une demande qui peut fluctuer en fonction de différents facteurs. Autrement dit, BMW sécurise sa transition en gardant toutes les options ouvertes.

    Une électrification qui va continuer à s’accélérer

    La stratégie du géant allemand est connue, il vise environ 50 % de ventes électriques en Europe d’ici 2030. Et certains sites vont basculer plus vite que le reste du groupe, l’exemple type est l’usine de Munich qui doit devenir 100 % électrique à partir de 2027.

    source : BMW France

    Le cap des 2 millions de véhicules confirme une tendance de fond : chez BMW, l’électrique n’est plus un segment à part, mais une composante centrale de l’entreprise.

  • Électrique 2026 : qui a vendu le plus de VE en Amérique et à quoi ressemble la prochaine phase de la révolution électrique

    Électrique 2026 : qui a vendu le plus de VE en Amérique et à quoi ressemble la prochaine phase de la révolution électrique

    Si 2023 et 2024 ont été définies par l’engouement pour les véhicules électriques, et 2025 est devenue l’année de la réalité des VE, 2026 s’annonce comme l’année de la vraie concurrence électrique aux États-Unis.

    Le marché américain des VE ne s’est pas effondré après la disparition de la phase d’euphorie. Au contraire, il a mûri. Les acheteurs sont devenus plus sélectifs, se concentrant sur l’abordabilité, l’accès à la recharge, la fiabilité et les coûts de possession à long terme. Les marques qui ont offert une valeur réelle, et non pas seulement des promesses ambitieuses, ont continué à dominer les ventes.

    Les suivis industriels de Cox Automotive et Kelley Blue Book montrent que la forte dynamique des VE observée en 2025 s’est poursuivie en 2026, confirmant que les véhicules électriques ne sont plus un segment de niche du marché automobile américain.

    L’adoption des VE s’est stabilisée dans une phase de croissance régulière plutôt que dans la poussée explosive des premières années. Le marché n’est plus défini par la spéculation, il est défini par la concurrence.

    Voici l’histoire de qui a mené les ventes de VE durant le cycle le plus récent, ce que ces chiffres révèlent sur l’industrie, et ce qu’ils signalent pour l’avenir de la mobilité électrique en Amérique.

    Le tableau d’ensemble : les ventes de VE aux États-Unis à l’aube de 2026

    Fin 2025, le marché américain des VE avait atteint l’une de ses périodes les plus fortes jamais enregistrées. Plusieurs tendances majeures ont défini l’industrie à l’entrée de 2026 :

    • Les ventes de VE ont atteint des niveaux trimestriels records en 2025.
    • Les véhicules électriques ont capturé une part de marché à deux chiffres à l’échelle nationale.
    • Les SUV et crossovers ont dominé les achats de VE.
    • La concurrence entre constructeurs s’est intensifiée de manière spectaculaire.

    Tesla est resté la marque de VE numéro un aux États-Unis, mais sa part de marché a diminué à mesure que les constructeurs traditionnels et les marques internationales lançaient des modèles compétitifs.

    La part de marché de Tesla sur le marché américain des VE est tombée à environ 38%, un changement majeur par rapport à sa domination antérieure au-dessus de 70% au début de la décennie.

    Cette baisse ne signifiait pas que Tesla vendait moins de voitures. Elle signifiait que le reste de l’industrie avait enfin fait son entrée.

    Ventes de VE par marque : qui a mené le marché 

    L’un des instantanés les plus clairs de la concurrence des VE est apparu fin 2025, lorsque les ventes ont grimpé en flèche avant les changements de règles des incitations fédérales.

    Les données représentatives des ventes mensuelles ont montré la performance suivante par marque :

    Ces chiffres révèlent un changement structurel majeur dans l’industrie : Tesla mène toujours, mais les constructeurs historiques rivalisent désormais collectivement avec l’échelle de Tesla.

    TESLA : toujours le roi, mais plus seul 

    Tesla a entamé 2025 en tant que leader incontesté des VE et a conservé cette position à l’entrée de 2026.

    La domination de l’entreprise repose largement sur deux véhicules :

    • Tesla Model Y
    • Tesla Model 3

    La Model Y est restée le véhicule électrique le plus vendu aux États-Unis et l’un des véhicules les plus vendus tous types confondus.

    Les chiffres approximatifs des ventes du troisième trimestre 2025 ont montré :

    • Model Y : environ 114 897 unités
    • Model 3 : environ 53 857 unités

    Mais le leadership de Tesla n’est plus incontesté.

    L’entreprise a fait face à une pression croissante de la part de :

    • Une concurrence tarifaire agressive.
    • Des gammes de VE en expansion chez les constructeurs historiques.
    • L’évolution de l’éligibilité au crédit d’impôt fédéral.
    • Un ralentissement de la croissance de la demande par rapport aux années d’essor précédentes.

    Tesla a répondu par des réductions de prix conçues pour maintenir les volumes, une stratégie reflétant un environnement de marché plus concurrentiel.

    GENERAL MOTORS : le retour surprenant des VE

    Si un constructeur traditionnel a émergé comme une grande réussite en matière de VE, c’est bien General Motors.

    Chevrolet est devenu le concurrent direct le plus proche de Tesla, grâce en grande partie à un véhicule : le Chevrolet Equinox EV.

    Les ventes de l’Equinox EV ont atteint environ 25 085 unités au troisième trimestre 2025, en faisant l’un des VE non-Tesla les plus vendus aux États-Unis.

    Chevrolet a réussi en ciblant les acheteurs grand public avec :

    • Une marque reconnaissable.
    • Des prix compétitifs.
    • Une autonomie pratique.
    • Un fort soutien du réseau de concessionnaires.

    Le résultat a marqué un point de bascule pour les constructeurs historiques qui étaient autrefois largement distancés par Tesla.

    source : Chevrolet

    FORD : camionnettes, performance et puissance de la marque 

    Ford a maintenu une forte présence dans les VE à l’entrée de 2026, ancrée par deux modèles phares :

    • Mustang Mach-E
    • F-150 Lightning

    Les ventes du Mach-E ont atteint environ 20 177 unités au troisième trimestre 2025, reflétant une forte fidélité à la marque et la puissance du réseau de concessionnaires nationwide de Ford.

    Plutôt que de concurrencer directement les petits segments de VE, Ford s’est concentré sur les SUV performants et les camionnettes électriques, s’alignant étroitement sur les préférences traditionnelles des véhicules américains.

    source : Ford 

    HYUNDAI ET KIA : les leaders de la valeur 

    Hyundai et Kia ont tranquillement continué à gagner des parts de marché.

    La gamme de VE d’Hyundai – en particulier l’Ioniq 5 – a reçu de vifs éloges des consommateurs pour sa valeur, son autonomie et sa fiabilité.

    Les ventes de l’Ioniq 5 ont atteint environ 21 999 unités au troisième trimestre 2025, la plaçant parmi les VE non-Tesla les plus réussis.

    Les analystes ont fréquemment cité Hyundai et Kia comme leaders de la conception et de l’ingénierie de VE abordables, aidant à élargir l’adoption des VE au-delà des acheteurs de luxe.

    source : Hyundai

    Joueurs émergents : la nouvelle concurrence

    Au-delà des marques traditionnelles, plusieurs nouveaux acteurs ont aidé à diversifier le marché des VE.

    Les modèles notables comprenaient :

    • Honda Prologue — environ 20 236 unités vendues au troisième trimestre 2025.
    • Rivian R1S — près de 19 687 unités en 2025.
    • Volkswagen ID.4 — des ventes régulières en tant qu’alternative européenne.

    Ces véhicules montrent que le marché des VE n’est plus dominé par une seule entreprise ou stratégie.

    Au lieu de cela, il devient un écosystème complet de marques et de technologies en concurrence.

    source : Honda

    Les modèles de VE les plus vendus 

    Les meilleurs modèles de VE sur le marché américain comprenaient :

    1. Tesla Model Y
    2. Tesla Model 3
    3. Chevrolet Equinox EV
    4. Hyundai Ioniq 5
    5. Honda Prologue
    6. Ford Mustang Mach-E
    7. Kia EV6 / Chevrolet Blazer EV
    8. Rivian R1S
    9. Volkswagen ID.4
    10. Ford F-150 Lightning

    Les SUV et crossovers ont dominé le classement, reflétant les préférences des consommateurs américains.

    source : Rivian

    Incitations et réalité économique 

    La politique gouvernementale est restée une influence majeure sur la demande de VE.

    Les changements apportés au crédit d’impôt fédéral de 7 500 $ pour les VE ont déclenché des vagues d’achats de consommateurs tout au long de 2025, alors que les acheteurs se précipitaient pour sécuriser les incitations avant que les règles d’éligibilité ne se durcissent.

    Dans le même temps, des taux d’intérêt plus élevés ont fait de l’abordabilité un facteur clé.

    Les marques qui ont offert des prix compétitifs ou des financements agressifs ont gagné un avantage.

    Infrastructure de recharge : toujours la grande question 

    L’accès à la recharge reste l’un des plus grands obstacles à une adoption plus rapide des VE.

    Les États ayant lourdement investi dans les infrastructures, en particulier la Californie, ont continué à mener le pays en matière de taux d’adoption des VE.

    Le réseau de recharge de Tesla reste un avantage stratégique majeur, bien que les partenariats entre constructeurs élargissent l’accès à la recharge à l’échelle nationale.

    source : Tesla

    Ce que 2026 signifie pour l’avenir des VE 

    L’histoire des VE à l’entrée de 2026 est claire.

    Les véhicules électriques ne sont plus une technologie expérimentale ou une spéculation euphorique. Ils sont une partie permanente du paysage automobile américain.

    Mais l’industrie entre dans une nouvelle phase où le succès dépendra de :

    • L’abordabilité.
    • L’expansion des infrastructures.
    • La confiance dans les marques.
    • L’utilisabilité dans le monde réel.

    Tesla reste le leader, mais l’ère de la domination incontestée est terminée. La révolution des VE ne s’est pas enrayée après le premier cycle d’engouement, elle a simplement mûri, et la vraie concurrence ne fait que commencer.

  • Quand l’électromobilité se déploie aussi sur la Seine parisienne

    Quand l’électromobilité se déploie aussi sur la Seine parisienne

    À Paris, la transition électrique ne se joue plus uniquement sur la route. En effet, la Seine s’impose progressivement comme un nouvel axe stratégique pour décarboner les mobilités, qu’il s’agisse de logistique urbaine, de transport de passagers ou même de tourisme. Entre initiatives privées, investissements publics et expérimentations technologiques, l’électromobilité gagne désormais du terrain sur l’eau.

    source : HAROPA PORT

    La logistique fluvio-électrique s’installe dans le paysage parisien

    Et si la prochaine révolution de l’électromobilité parisienne ne venait pas de la route, mais du fleuve ? Ce qui est sûr c’est que le mouvement est déjà bien engagé. En effet, et à titre d’exemple, depuis fin 2025 HAROPA PORT a officialisé un partenariat de 15 ans avec la start-up ULS (Urban Logistic Solutions) pour développer une logistique fluvio-cyclable à Paris.

    source : HAROPA PORT

    Si c’est abstrait dit comme ça, dans les faits c’est plus simple. Les marchandises transitent par bateau entre Charenton-le-Pont et des points stratégiques comme les ports de Javel-Bas ou du Gros-Caillou, avant d’être acheminées en centre-ville via des vélos-cargos électriques. Selon un article du Figaro parut en mars 2026, il faut seulement 37 minutes pour relier Charenton au pont Alexandre III, puis 6 minutes supplémentaires pour desservir les Champs-Élysées en vélo.

    source : Les Echos

    Ce modèle permet de réduire drastiquement l’usage des utilitaires thermiques en ville, dont l’impact reste particulièrement élevé : à Paris, les véhicules de livraison (utilitaires et poids lourds) représentent jusqu’à 40 % des émissions liées au trafic routier en zone dense, tout en étant responsables d’une part importante des nuisances sonores et de la congestion. 

    Dans ce contexte, ULS ambitionne de remplacer, par ce système logistique, jusqu’à 150 camions thermiques. De plus, le bateau utilisé est conçu en modules au Portugal, ce qui illustre l’émergence d’une véritable chaîne de valeur européenne autour de ces nouvelles mobilités.

    source : HAROPA PORT

    Un cadre réglementaire qui pousse clairement vers le zéro émission

    Le développement de ces solutions ne repose pas uniquement sur des initiatives privées. Il s’inscrit en effet dans un cadre réglementaire plus restrictif pour les transports, ce qui oblige les entreprises à repenser leurs modèles.

    En effet, à Paris, la Zone à Faibles Émissions (ZFE) interdit déjà les véhicules les plus polluants, avec un durcissement progressif des restrictions. À horizon 2030, la capitale vise une sortie quasi totale du diesel, voici pourquoi la solution d’un transport fluvial devient la solution.

    Au niveau européen, le paquet climat “Fit for 55” fixe un objectif de réduction de -55 % des émissions de CO₂ d’ici 2030. Dans le même temps, la réglementation AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation) impose le développement d’infrastructures de recharge, y compris pour le transport fluvial.

    source : Fit for 55

    Le tourisme et le transport de passagers passent aussi à l’électrique

    L’électrification de la Seine ne concerne pas uniquement le fret. Le transport de passagers évolue lui aussi rapidement.

    Les Vedettes de Paris ont par exemple entamé la transformation de leur flotte avec un premier bateau rétrofité 100 % électrique dès 2024. Chaque unité est équipée de deux packs batteries de 550 kWh, avec des recharges rapides d’environ 15 minutes lors des escales. L’objectif affiché était d’atteindre 80 % de flotte zéro émission d’ici mi-2025, avec un gain estimé à 460 tonnes de CO₂ évitées par an et par bateau. Un cap ambitieux, qui illustre surtout la volonté des opérateurs d’accélérer l’électrification, même si le niveau réel de déploiement n’a pas été officiellement précisé à ce stade.

    Dans un registre différent, le navire événementiel La Perle Noire, inauguré en juin 2025 au port de Grenelle, mise sur une propulsion électrohydraulique innovante. Long de 22 mètres et capable d’accueillir 70 passagers, il repose sur une technologie développée avec plusieurs acteurs français, illustrant l’émergence d’une filière industrielle autour du fluvial électrique.

    Enfin, les projets de taxis volants sur l’eau refont surface avec les SeaBubbles. Ces bateaux électriques, capables d’atteindre 25 nœuds (46 km/h), pourraient être déployés dès 2026 avec une flotte de 10 à 20 unités. Plusieurs opérateurs comme G7 ou Uber sont évoqués, même si la question réglementaire reste encore en discussion.

    source : Fédération des Industries Nautiques

    Les infrastructures, clé de voûte de cette transformation

    Comme pour la voiture électrique, le développement de ces usages repose en grande partie sur les infrastructures.

    Depuis 2018, HAROPA PORT et Voies Navigables de France déploient progressivement le réseau Borne & Eau®, qui doit atteindre 110 points de recharge d’ici 2026 entre Le Havre, Rouen et Paris. Ces bornes fournissent à la fois électricité (jusqu’à 63A) et eau.

    Et comme évoqué précédemment, de la manière que pour les véhicules terrestres, ce maillage de bornes est central pour le développement des modes de transports. Il devra être développé de manière plus importante pour voir les bateaux électriques se développer au mieux.

    source : HAROPA PORT

    Une transformation encore en construction

    Si les projets se multiplient, la logistique fluviale électrique reste encore en phase de structuration. La dynamique est bien là. Portée par les contraintes réglementaires, les innovations technologiques et l’évolution des usages, la Seine devient progressivement une solution, certes de niche, pour limiter les émissions de CO₂.