Deuxième producteur automobile européen, Espagne s’impose progressivement comme un marché clé de l’électromobilité. Longtemps en retrait par rapport aux pays du nord de l’Europe, le pays connaît depuis 2025 une accélération nette des ventes de véhicules électriques, portée par une dynamique industrielle et politique renforcée. Derrière cette montée en puissance, plusieurs fragilités structurelles persistent.

Un marché en pleine accélération
L’année 2025 marque un véritable tournant pour l’électromobilité espagnole. Selon les estimations convergentes de l’European Alternative Fuels Observatory, environ 243 000 véhicules rechargeables (BEV + PHEV) ont été immatriculés sur l’année, soit près de 19 % du marché automobile.
Dans le détail de cette estimation, on nous apprend que plus de 100 000 véhicules 100 % électriques (BEV) ont été vendus. Des chiffres qui représentent une croissance supérieure à 70 % par rapport à l’an dernier. Évidemment, qui dit plus de 100 000 BEV vendus, dit également que les hybrides rechargeables (PHEV) ont dépassé 100 000 unités. C’est un symbole que les espagnols considèrent que les PHEV représentent la clé de la transition énergétique des transports. En combinant ces résultats, en Espagne, près d’une voiture neuve sur cinq est désormais rechargeable.
Parmi les quelques 243 000 véhicules rechargeables (BEV + PHEV), sur les seuls véhicules particuliers, les immatriculations dépassent 225 000 unités. Et la dynamique se prolonge début 2026. Sur les deux premiers mois de l’année, plus de 36 000 véhicules rechargeables ont été immatriculés, portant la part de marché à 21,3 %, en forte progression.

Un parc encore en construction
Malgré cette croissance rapide, le parc de véhicules électriques en circulation reste encore limité à l’échelle nationale.
Faute de données consolidées pour fin 2025, les estimations situent le parc total entre 500 000 et 700 000 véhicules rechargeables. Une base encore modeste rapportée à la taille du marché automobile qui est d’environ 24 à 25 millions de voitures particulières.
Certaines régions illustrent ce retard structurel. À Madrid, par exemple, les véhicules électrifiés représentaient encore moins de 2 % du parc total en 2024, avec des disparités encore plus marquées dans les régions moins urbanisées.

Une infrastructure en forte croissance… mais imparfaite
Mais qui dit voiture rechargeable, dit forcément infrastructure de recharge. Le réseau de recharge espagnol connaît une expansion rapide. Fin 2025, le pays compte environ 50 000 points de charge publics opérationnels, selon les données de l’AEDIVE.
La progression est particulièrement marquée sur les infrastructures rapides :
- les bornes entre 50 et 250 kW ont quasiment doublé en un an,
- les bornes ultra-rapides (>250 kW) ont progressé de près de 85 %.
Les grandes régions comme la Catalogne, Madrid ou l’Andalousie concentrent l’essentiel du réseau.
Mais cette montée en puissance cache une réalité plus contrastée. Une part significative des bornes installées n’est pas encore en service, en raison de délais de raccordement ou de lenteurs administratives. Résultat : la disponibilité réelle du réseau reste inférieure aux chiffres annoncés.

Des freins encore bien identifiés
Malgré une dynamique positive, plusieurs obstacles continuent de freiner l’adoption des véhicules électriques.
Le premier concerne la fiabilité et la répartition des infrastructures. Le réseau reste inégalement réparti, avec des zones rurales encore peu couvertes.
À cela s’ajoute un facteur classique : le prix d’achat encore élevé des véhicules électriques, qui limite leur adoption par les particuliers, malgré les subventions. Enfin, le manque de visibilité sur les dispositifs à venir a longtemps entretenu une certaine prudence chez les consommateurs comme chez les acteurs du marché.
Une refonte des aides en 2026
Face à ces limites, le gouvernement espagnol a engagé une transformation majeure de son dispositif de soutien. Le programme MOVES III, en vigueur jusqu’en 2025, est progressivement remplacé par un nouveau cadre national intégré au plan « Auto 2030 ». Au cœur de cette stratégie : le Plan Auto+, doté d’environ 400 millions d’euros d’aides directes à l’achat.
Contrairement au système précédent, la gestion devient centralisée au niveau national, avec un objectif clair : simplifier les démarches, réduire les délais et harmoniser les conditions d’accès. Ce dispositif s’inscrit dans un plan global estimé à plus de 1,2 milliard d’euros, incluant également le soutien à l’industrie et aux infrastructures.

Une stratégie industrielle ambitieuse
Au-delà du marché, l’Espagne entend jouer un rôle majeur dans la chaîne de valeur européenne de l’électromobilité. Le pays accueille notamment un projet stratégique de gigafactory porté par CATL et Stellantis, avec une capacité annoncée de 50 GWh par an et un démarrage prévu fin 2026. Parallèlement, plusieurs constructeurs accélèrent l’électrification de leurs sites industriels :
- SEAT et CUPRA à Martorell
- Stellantis à Vigo, Saragosse et Madrid
- Ford à Valence
Les énergéticiens jouent également un rôle central dans le déploiement des infrastructures, à l’image de Iberdrola ou Endesa, très actifs sur les réseaux de recharge rapide.

Une transition engagée mais encore incomplète
L’Espagne s’est fixé des objectifs ambitieux dans le cadre de sa transition énergétique :
- 30 % d’énergie renouvelable dans les transports d’ici 2030
- 70 % d’électricité renouvelable
- neutralité carbone du secteur des transports à l’horizon 2050
Entre accélération des ventes, structuration industrielle et amélioration progressive des infrastructures, l’électromobilité espagnole avance rapidement. Mais pour rattraper les marchés les plus matures, elle devra encore lever plusieurs verrous structurels et garantir une exécution plus fluide de sa stratégie.






























































