Le 19 février 2026, Renault Group a présenté ses résultats financiers de l’année 2025 lors d’une téléconférence en ligne réunissant journalistes et analystes. Autour de François Provost, directeur général, et de Duncan Minto, directeur financier, le message est clair : 2025 reste un exercice solide dans un marché sous tension, mais 2026 s’annonce plus prudent, dû à la guerre des prix et à une réorganisation industrielle.

Une performance 2025 solide dans un environnement dégradé
François Provost a d’emblée insisté sur le contexte : 2025 s’inscrit dans un marché mondial plus difficile, marqué par une pression concurrentielle accrue, notamment sur le segment électrique, où les constructeurs asiatiques prennent de plus en plus de place. « Les résultats 2025, dans un contexte de marché difficile, démontrent l’engagement des équipes pour délivrer une performance régulière de premier plan parmi les acteurs de l’industrie automobile », a-t-il déclaré.
Sur le plan financier, Renault Group affiche en 2025 tout de même une marge opérationnelle de 6,3 %, en retrait par rapport au niveau record de 7,6 % atteint en 2024. Pour ce qui est du bénéfice opérationnel, le CEO annonce un recul d’environ 14,8 % sur un an. Enfin, sur le plan commercial, le groupe a écoulé 2 336 807 véhicules dans le monde en 2025, soit une hausse de 3,2 % par rapport aux 2 264 815 unités vendues en 2024. Le groupe reste néanmoins parmi les constructeurs généralistes les plus rentables en Europe.

Le CEO de Renault Group a décrit un environnement particulièrement tendu :
- Intensification des guerres de prix sur l’électrique, avec des acteurs asiatiques très offensifs.
- Ralentissement du marché retail en Europe.
- Sous-performance du segment des véhicules utilitaires légers (LCV).
Dans ce contexte, Renault met en avant la résilience de son modèle post-restructuration : réduction des coûts fixes, recentrage de la gamme et montée en puissance des plateformes dédiées à l’électrique.
2026 : prudence assumée et marge attendue en baisse
Et si l’année 2025 a été plus discrète, cela risque d’être également le cas pour 2026. En effet, les dirigeants de Renault Group ont été bien plus prudent pour l’année en cours.
Renault anticipe une marge opérationnelle autour de 5,5 %, en baisse donc par rapport à 2025. Cela est justifié par le groupe qui évoque un environnement toujours « complexe », marqué par l’incertitude économique internationale et la pression sur les prix toujours plus constante. Mais si cette estimation nous donne une idée de comment la marque aborde cette année, il va falloir attendre le nouveau plan stratégique attendu le 10 mars 2026.

Palencia : un signal fort sur l’allocation industrielle électrique
Avant la stratégie de mars, c’est toutefois lors de la session de questions/réponses de cette visioconférence que l’annonce la plus stratégique a été formulée.
Interrogé sur l’allocation industrielle des futurs modèles électriques, François Provost a déclaré : « Il faut trouver la compétitivité, trouver les équations économiques, donc aucune décision finale n’est prise, mais en termes d’allocation industrielle, il est naturel de prendre en référence Palencia pour le renouvellement des segments C et D, y compris électriques. »
Cette déclaration place clairement l’usine de Palencia au cœur de la future stratégie industrielle du groupe pour les segments compacts C et D, y compris en électrique. Aujourd’hui dédiée notamment au Captur, l’usine espagnole pourrait ainsi devenir un pilier de la production électrique de milieu de gamme, avec une capacité actuelle d’environ 250 000 unités par an et un potentiel de montée en cadence.

Compétitivité européenne et rééquilibrage des sites
Le choix de Palencia s’inscrit dans une logique de compétitivité industrielle. L’Espagne présente des coûts de main-d’œuvre inférieurs à ceux de la France et bénéficie d’accords sociaux récents favorables à la flexibilité. Quand on évoque ces accords, il s’agit des conventions conclues ces dernières années entre Renault et les syndicats espagnols, notamment sur les sites de Valladolid et Palencia, qui permettent une adaptation plus souple des horaires et des équipes, une polyvalence renforcée des salariés et une meilleure maîtrise des coûts de production.
Ce mouvement s’inscrit aussi dans la continuité de la spécialisation géographique engagée depuis le plan Renaulution. Jusqu’au lancement récent de la nouvelle Twingo en Slovénie, les usines françaises de Douai et Maubeuge étaient les seuls sites européens du groupe dédiés aux modèles 100 % électriques, tandis que l’Espagne était devenue le hub des modèles hybrides, avec notamment l’Austral, l’Espace et le Rafale.
Selon nos confrères de “Les Echos”, Palencia devrait accueillir à partir de 2028 les prochains modèles électriques familiaux de moyenne et grande taille du groupe.

Un groupe rentable, mais en transition stratégique
L’enseignement principal de cette téléconférence est double. Renault reste rentable dans un environnement difficile, mais entre dans une phase plus prudente. La baisse attendue de marge en 2026 traduit une anticipation réaliste des tensions à venir. Dans le même temps, l’allocation potentielle des segments électriques C et D à Palencia marque une étape structurante : le virage industriel vers l’électrique est désormais pleinement intégré à la stratégie du groupe.
Le plan du 10 mars devra préciser cette feuille de route, qui ambitionne d’assurer une croissance rentable dans la seconde moitié de la décennie.



























































