La propulsion électrique commence à trouver des applications concrètes dans le domaine militaire aérien. En 2026, plusieurs armées à travers le monde ont déjà intégré avions légers électriques, motoplaneurs ou eVTOL (électrique à décollage et atterrissage vertical) dans leurs dispositifs, principalement pour la formation, la logistique ou les missions spéciales. La France, elle, avance à pas mesurés.

En France, une électrification limitée à l’instruction
Du côté de l’Armée de l’air et de l’espace française, l’usage de la propulsion électrique reste aujourd’hui strictement cantonné à la formation. En mars 2024, l’AAE (l’Académie de l’Air et de l’Espace) a réceptionné son premier motoplaneur électrique, un DG Flugzeugbau DG-1001e neo, qui est depuis basé à l’École de l’Air de Salon-de-Provence.

Cet appareil est biplace et équipé d’un moteur électrique de 85 kW et de batteries lithium-ion. Ses capacités d’autonomie ne sont pas hors normes, puisqu’elles offrent jusqu’à 90 minutes de vol. Cela dit, c’est toujours une heure et demie de plus par rapport à un planeur classique. Il a été acheté par l’armée pour un rôle bien précis : initier les futurs pilotes aux spécificités de la propulsion électrique tout en réduisant les coûts d’exploitation et l’empreinte carbone de la formation initiale.
En revanche, aucune application opérationnelle n’est envisagée à ce stade. Les programmes français de l’aviation militaire restent centrés sur les plateformes thermiques lourdes (Rafale, A400M), tandis que l’électrification est étudiée à long terme via des travaux prospectifs menés avec l’ONERA, notamment dans le cadre du SCAF. Les projets civils français, comme l’INTEGRAL-E ou l’ERA d’Aura Aero, ne sont pour l’instant pas destinés à un usage militaire.

L’Europe du Nord et l’Allemagne déjà plus avancées
À l’échelle européenne, certains voisins ont fait des choix plus offensifs dans le développement de la mobilité aérienne électrifiée.
En Allemagne, la Luftwaffe (la composante aérienne de l’armée allemande) exploite depuis 2022 le Pipistrel Velis Electro, avion biplace 100 % électrique certifié par l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA). Utilisé pour la formation initiale, il permet de réduire jusqu’à 95 % des émissions par rapport aux avions thermiques équivalents. En 2026, la flotte compte cinq appareils, intégrés à la stratégie « Luftwaffe 2030 », qui vise à électrifier 20 % des heures de formation.

Le Royaume-Uni suit une trajectoire comparable. La Royal Air Force utilise également le Velis Electro pour l’instruction de base, avec déjà plusieurs centaines d’heures de vol accumulées. Objectif affiché : réduire les coûts de formation et amorcer une transition énergétique sans compromettre la disponibilité opérationnelle.
Plus au nord, la Norvège et la Suède explorent des solutions hybrides-électriques adaptées aux environnements extrêmes. Le P-Volt norvégien ou le futur ES-19 suédois sont testés pour des missions de transport régional militaire à faibles émissions, notamment sur pistes courtes et en conditions arctiques.
Amérique du Nord : l’électrique comme levier stratégique
C’est toutefois en Amérique du Nord que l’adoption est la plus structurée.
Aux États-Unis, l’US Air Force expérimente depuis plusieurs années des aéronefs à propulsion électrique et hybride via l’AFWERX, qui aide l’armée de l’air américaine à collaborer avec des startups, des PME et des chercheurs, ainsi que l’Air Force Research Laboratory. En 2026, des eVTOL comme l’Electra ou des démonstrateurs issus des programmes de la NASA sont utilisés pour la formation, la logistique légère et certaines missions ISR de courte portée. L’objectif est clair : réduire de moitié les coûts d’exploitation et diminuer fortement les nuisances sonores autour des bases.

Le Canada, de son côté, mise sur l’électrification pour répondre aux contraintes climatiques. L’eBeaver, version électrique du mythique De Havilland Beaver, est testé pour des missions de liaison et de surveillance dans le Grand Nord. Silencieux, robuste et moins exigeant en maintenance, il illustre une approche pragmatique de l’aviation militaire électrique.
Asie-Pacifique et Moyen-Orient : l’électrique comme avantage tactique
En Australie, l’armée de l’air teste des eVTOL hybrides pour la logistique tactique et l’évacuation médicale dans des zones désertiques isolées, où les infrastructures sont rares. Dans ce vaste pays, l’électrique y est vu comme un multiplicateur de flexibilité.
En Israël et en Chine, la logique est plus directement opérationnelle. Les eVTOL et drones hybrides y sont envisagés pour des missions d’insertion spéciale, de reconnaissance ou de transport discret de troupes. Le silence, la furtivité thermique et la capacité de décollage vertical deviennent des atouts militaires à part entière.
Limites techniques et logistiques de l’électrification
Si l’électrification de l’aviation militaire progresse, elle se heurte à des limitations technologiques bien réelles. La principale est la faible densité énergétique des batteries actuelles. En effet, les meilleures batteries lithium-ion atteignent environ 250 à 300 Wh/kg, soit presque 50 fois moins que l’énergie contenue dans le kérosène traditionnel (~12 000 Wh/kg), ce qui restreint considérablement l’autonomie et la charge utile des appareils électriques.
Cette contrainte impose des compromis sur le rayon d’action, le nombre de passagers et la performance opérationnelle, notamment pour des missions longues ou exigeantes. Des défis annexes incluent la gestion thermique complexe des systèmes électriques et le besoin de nouvelles infrastructures de recharge adaptées aux opérations militaires.

Une révolution discrète, mais bien réelle
En 2026, l’aviation militaire électrique ne remplace évidemment pas les chasseurs ou les avions de transport stratégique. Mais elle se développe progressivement sur des niches bien identifiées : formation, logistique légère, liaisons tactiques, opérations spéciales.
La France observe, teste et anticipe, sans encore franchir le cap opérationnel. D’autres pays, eux, ont déjà intégré l’électrique comme un outil militaire à part entière. Une différence de tempo qui illustre deux visions : prudence industrielle d’un côté, pragmatisme opérationnel de l’autre.
















































