C’est désormais officiel. Après plusieurs semaines de spéculations depuis la conférence des résultats du quatrième trimestre 2025, Tesla met fin à la production de deux de ses modèles les plus emblématiques : les Model S et Model X. Une décision lourde de sens, qui marque à la fois la fin d’un cycle industriel, et un basculement stratégique profond pour le constructeur américain.

Une décision déjà annoncée en creux dès janvier 2026
Tout commence fin janvier 2026, lors de la conférence Q4. À ce moment-là, Elon Musk l’affirme : « Il est temps de mettre un terme définitif aux programmes Model S et X ». « Si vous souhaitez acheter une Model S ou X, c’est le moment de passer commande. ». Le dirigeant évoque une réallocation des ressources, une volonté d’optimiser les lignes de production et surtout un repositionnement de Tesla vers des projets jugés plus stratégiques. « Nous allons nous concentrer sur les produits qui ont le plus d’impact », explique-t-il en substance, laissant entendre que certains modèles historiques ne sont plus prioritaires.

Dans le même temps, un autre élément passe presque inaperçu : la transformation progressive de l’usine de Fremont, en Californie. Site historique de Tesla, longtemps dédié aux Model S et Model X, Fremont est désormais appelé à changer de rôle.
L’objectif est d’accueillir une partie de la production du robot humanoïde Optimus, présenté comme l’un des projets les plus ambitieux du groupe. Elon Musk l’a lui-même affirmé : Tesla pourrait produire « des millions d’unités » de ce robot à terme.

Une production arrêtée… et des stocks déjà en train de disparaître
Depuis début avril 2026, la production des Model S et Model X est définitivement arrêtée. Les véhicules encore disponibles proviennent uniquement des stocks existants, et ils disparaissent rapidement. En effet selon les données d’EV-CPO datant d’il y a 7 jours, il resterait actuellement environ :
- 295 Model S neuves
- 301 Model X neuves
Et ce, à l’échelle mondiale.
Un chiffre particulièrement révélateur, d’autant plus que la quasi-totalité de ces véhicules est localisée aux États-Unis. En Europe comme au Canada, les stocks sont déjà à zéro. Concrètement, cela signifie que ces modèles sont en train de basculer, en temps réel, du statut de véhicules disponibles à celui de modèles de fin de cycle, qui seront disponibles uniquement d’occasion.
Des volumes devenus marginaux face aux priorités industrielles
Derrière la portée symbolique de cette décision, il y a aussi une réalité beaucoup plus pragmatique : celle des volumes. Ces dernières années, les Model S et Model X ne représentaient plus qu’une part marginale des ventes de Tesla. En effet, en 2025, les modèles haut de gamme du constructeur regroupés dans la catégorie “autres véhicules”, totalisent à peine 50 850 unités, contre plus de 1,6 million de Model 3 et Model Y. Un écart colossal, qui illustre clairement le changement de dimension de Tesla.

Dans ce contexte, maintenir des lignes de production dédiées à des véhicules à faibles volumes devient de moins en moins pertinent. La stratégie est désormais ailleurs : optimiser les capacités industrielles sur les modèles de masse, réduire les coûts et accélérer les cadences sur les Model 3 et Model Y, véritables piliers de la rentabilité du groupe.
À cela s’ajoute une transformation plus profonde : la réallocation des ressources vers de nouveaux projets technologiques, en particulier la robotique. L’usine de Fremont, historiquement dédiée aux Model S et Model X, est ainsi appelée à jouer un rôle clé dans le développement du robot humanoïde Optimus. Un basculement qui confirme que Tesla ne se contente plus de produire des voitures, mais réorganise son outil industriel autour de ses priorités futures.

Des pionnières qui ont redéfini l’électrique
Au-delà de l’annonce industrielle, c’est surtout la portée symbolique de cette décision qui marque. Lorsqu’elle est lancée en 2012, la Model S arrive dans un marché où la voiture électrique est encore marginale, souvent perçue comme peu performante et limitée. Tesla change complètement la donne.
La berline américaine impose immédiatement de nouveaux standards :
- plus de 400 km d’autonomie dès les premières générations,
- des accélérations dignes de sportives,
- une interface entièrement numérique,
- et surtout, des mises à jour à distance (OTA) qui transforment la voiture dans le temps.

Quelques années plus tard, la Model X vient compléter cette vision avec un SUV électrique capable d’allier performance, technologie et usage familial, tout en introduisant des éléments marquants comme les portes Falcon Wing.

Ces deux modèles ont joué un rôle clé dans l’accélération du marché mondial : ils ont prouvé qu’un véhicule électrique pouvait rivaliser, voire surpasser, les références thermiques premium. Ils ont aussi forcé les constructeurs historiques à réagir, accélérant massivement leurs investissements dans l’électrique.
Une page qui se tourne et un repositionnement assumé
Avec l’arrêt des Model S et Model X, désormais, la stratégie est claire :
- se concentrer sur les modèles à fort volume comme la Model 3 et la Model Y,
- optimiser les coûts et la production,
- et surtout, investir massivement dans des technologies de rupture comme l’intelligence artificielle et la robotique.
Ce virage traduit une évolution profonde de Tesla, qui s’éloigne progressivement du statut de constructeur automobile « classique » pour devenir une entreprise technologique multi-sectorielle.
































































