C’est une décision très attendue par les acteurs de l’électromobilité. Le malus au poids visant les voitures électriques de plus de 2,1 tonnes à partir du 1er juillet 2026 a été définitivement supprimé du projet de loi de finances (PLF) pour 2026. L’adoption finale du texte par l’Assemblée nationale, le lundi 2 février 2026, entérine l’abandon de cette mesure controversée après plusieurs mois de débats. Les véhicules électriques resteront donc totalement exonérés du malus au poids sur la période 2026-2028, contrairement aux motorisations thermiques et hybrides.

Un malus au poids durci… mais sans les VE
C’est en 2022 que ce projet d’infliger un malus au poids pour les véhicules roulant sur le territoire français a vu le jour. Le but : encourager la sobriété automobile. Pour rappel, le malus au poids est une taxe appliquée à l’achat d’une voiture neuve jugée trop lourde. Plus le véhicule dépasse un certain poids de référence, plus l’acheteur paie cher. Si, à l’origine, le malus visait principalement les véhicules thermiques les plus lourds, dans le cadre du PLF 2026, le gouvernement prévoyait un durcissement notable du dispositif.
Le seuil général devait être abaissé à 1 500 kg (contre 1 600 kg en 2025), avec un barème progressif : 10 €/kg entre 1 500 et 1 800 kg, 20 €/kg de 1 800 à 2 100 kg, et 30 €/kg au-delà. Pour les véhicules électriques, une exonération totale était maintenue jusqu’au 30 juin 2026, avant l’introduction d’un abattement de 600 kg censé compenser le poids des batteries, portant le seuil effectif à 2 100 kg. Au-delà de ce seuil, seuls les modèles dotés d’un éco-score suffisant, défini par le décret du 24 juin 2025 et fondé sur des critères de production, d’usage et de recyclage via l’ADEME, auraient échappé à la taxation. Les autres auraient été soumis au malus sur la masse excédentaire.

Des impacts concrets redoutés par la filière
Dans sa version initiale, le dispositif aurait touché environ 30 % des véhicules électriques neufs commercialisés en France, selon Go-Electra, principalement des SUV familiaux et des modèles haut de gamme. Une Peugeot e-3008, affichant 2 183 kg sur la balance, aurait par exemple écopé d’un malus d’environ 830 €, tandis qu’un BMW iX xDrive50 (2 585 kg) aurait été pénalisé à hauteur de près de 4 850 €. À l’inverse, des modèles compacts comme la Renault 5 E-Tech seraient restés totalement exonérés.
De plus, selon les estimations de la PFA et du CCFA, les ventes de véhicules électriques auraient chuté de 10 à 15 % dès 2026, soit environ 20 000 unités perdues sur les 150 000 à 180 000 VE prévus annuellement en France. Au total, 500 millions d’euros de chiffre d’affaires auraient été perdus par les constructeurs français.

Mais alors, si ce dispositif aurait été autant handicapant pour les constructeurs, l’objectif affiché par l’exécutif était clair : réduire le poids moyen des véhicules électriques. En effet, aujourd’hui, le poids moyen d’un VE est proche de 1,9 tonne, contre 1,4 tonne pour les thermiques. Écologiquement, l’idée est compréhensible : limiter l’empreinte carbone liée aux batteries et cibler en particulier les modèles électriques lourds importés.
Une suppression actée après une forte mobilisation
Alors, pourquoi cette suppression ? Dès l’automne 2025, lors des premières lectures du PLF 2026 au Sénat et à l’Assemblée nationale, le malus au poids appliqué aux VE avait suscité de vives réactions, et la filière automobile française a exercé une pression intense, emmenée notamment par la PFA, le CCFA, Renault et Stellantis.
Avant cette annonce, les constructeurs alertaient déjà sur un risque de frein brutal à la transition électrique, dans un contexte contraint par les ZFE et la fin progressive de certaines aides. Mais bonne nouvelle : fin janvier 2026, un amendement de suppression a finalement été adopté en commission, entraînant le retrait pur et simple de l’article 47 bis du texte, avant l’engagement de la responsabilité du gouvernement via l’article 49.3.
Le 2 février 2026, l’Assemblée nationale a définitivement adopté le PLF sans le malus au poids sur les véhicules électriques. La promulgation au Journal officiel est attendue à la mi-février.

Un cadre fiscal clarifié pour l’électromobilité
Le barème final du malus au poids pour 2026 s’appliquera donc uniquement aux véhicules thermiques et hybrides. Les hybrides rechargeables conservent un abattement de 200 kg, tandis que l’abattement des micro-hybrides sera supprimé à partir de 2027.
Pour l’électromobilité, la décision apporte de la visibilité : les ventes de VE pourraient progresser de 15 à 20 % en France en 2026, selon l’Avere-France. Renault, leader du marché avec près de 30 % de parts et 150 000 véhicules électriques vendus en 2025, bénéficie directement de ce cadre plus favorable, notamment pour ses modèles familiaux.
Si le malus au poids est abandonné, d’autres dispositifs continuent toutefois d’encadrer le développement de l’électromobilité : quotas de véhicules électriques renforcés dans les flottes d’entreprises, maintien de la prime CEE sous condition d’éco-score, et durcissement progressif des zones à faibles émissions (ZFE). Autrement dit, la transition électrique se poursuit, encadrée, mais sans pénalisation fiscale directe liée au poids.


















































